Le tourment d’un homme après les faits

Posted 21 jan 2011 in nouvel ordre mondial

Le tourment d’un homme après les faits

Bruce Brill – The Jerusalem Post – October 23, 1992

Au début des années 1970, j’ai travaillé comme analyste du renseignement au Moyen-Orient pour l‘Agence de sécurité nationale américaine (NSA).

Nous nous appelions nous-mêmes « fantômes », ce qui signifie que notre travail était à la fois fascinant et secret, même si nos efforts de collecte de renseignements étaient, dans l’ensemble, assez routiniers. Pourtant, au cours de mes années à « L’Agence », j’ai été mis au courant de certaines informations sensibles et perturbantes.

La communauté américaine du renseignement est une société en elle-même, avec des règles sociales plus strictes que celles de la société ordinaire. Même le personnel périphérique au travail de renseignement de l’Agence – les agents d’entretien, par exemple – ont besoin de contrôles de sécurité et d’habilitations serrés avant d’être autorisés à mettre le pied dans le complexe de la NSA. La hiérarchie des habilitations de sécurité commence au niveau Top Secret et remonte à partir de là. La plupart des renseignements restent hors de portées de l’analyste, même l’analyste habilité au moyen de l’indispensable restriction du « besoin d’en connaître« .

Seuls quelques privilégiés qui siègent au sommet de la hiérarchie sont au courant de la grosse partie des renseignements générés par l’Agence. En contrôlant le type d’informations transmises aux décideurs du Conseil de sécurité nationale, ces quelques chefs de l’agence exercent efficacement une énorme influence par procuration, avec de profondes implications nationales, sinon internationales. Leur agenda caché reste caché – au public, au Congrès, et même aux membres du Conseil de sécurité nationale lui-même (à moins, bien sûr, qu’il y ait collusion entre certains membres du NSC et les dirigeants de l’Agence).

Que George Bush, qui a dirigé la CIA au milieu des années 1970, ait été de mèche avec ou se soit fait duper par les manipulateurs du renseignement soulève des questions troublantes au sujet de l’homme qui est appelé à rester président des États-Unis pour les quatre prochaines années.

L’antagonisme traditionnel du Département d’Etat américain envers Israël se reflète dans la communauté du renseignement des États-Unis. Par exemple, les services de renseignement américains peuvent identifier chaque nouvelle unité de logement mise en place en Judée ou Samarie, et cependant pourraient manquer un navire chargé de missiles Scud en provenance de Corée du Nord se dirigeant vers l’Iran en pleine mer. La langue hébraïque, était aussi la seule en usage à l’Agence pour l’espionnage manifeste, avec des linguistes hébreu qui devaient déclarer qu’ils étaient des linguistes « spécialisé en arabe ».

Alors que je travaillais à l’Agence comme arabe et analyste « spécialisé en arabe » du trafic au début des années 1970, j’ai été informé de l’invasion prévue du 6 Octobre 1973, par la Syrie et l’Egypte – 30 heures avant que les Etats-Unis aient notifié Israël.

Le personnel de haut niveau de l’Agence était au courant de l’attaque planifiée plusieurs heures, voire plusieurs jours, avant. Ne pas transmettre cette information vitale en temps voulu a entraîné la mort inutile et la mutilation de milliers de jeunes Israéliens.

La politique anti-Israël de la communauté américaine du renseignement a jusqu’à présent été tenue secrète avec succès, même à l’Agence elle-même, puisque la règle du « besoin d’en connaître » régissant de telles politiques est strictement appliquée seulement à quelques happy few non-juifs.

C’est donc tout à fait par hasard que j’ai découvert l’existence de salles à la NSA qui sont interdites d’accès aux juifs, les citoyens des États-Unis avec les habilitations de sécurité les plus élevées, simplement parce qu’ils sont juifs. De toute évidence, les efforts pour mettre fin à Israël sont entrepris ici. Ces sanctuaires internes de l’agence sont si totalement à l’abri de toute surveillance, que de tels agissements anticonstitutionnels se poursuivent librement.

Y a t-il des sanctuaires internes de ce type interdits d’accès aux Noirs, aux Orientaux, ou à d’autres minorités américaines? Il n’y a aucune raison de croire que ce n’est pas le cas, car il n’existe absolument aucun moyen de prévenir cela. Ces pratiques discriminatoires vont clairement à l’encontre de la charte des droits du citoyen de la Constitution des États-Unis. De même, travailler contre Israël, la seule démocratie au Moyen-Orient, ne semble pas très américain.

Étant donné que ces choses me sont devenues connues seulement après la guerre du Kippour, j’ai naturellement supposé qu’Israël, ami publiquement déclaré de l’Amérique, aurait été notifié immédiatement par les voies appropriées au sujet de l’attaque imminente du 6 Octobre, 1973. Maintenant, je vis hanté par la possibilité que, en quelque sorte, je pourrais avoir découvert que l’information n’a pas été transmise, reçue par les Israéliens, et aurait de ce fait permis d’éviter une certaine mesure de l’angoisse qui est connu sous le nom de la guerre du Kippour.

Pourtant, ça n’a pas été le cas, et je suis tourmenté à ce sujet chaque Yom Kippour. J’ai été un analyste du renseignement militaire américain loyal qui a contribué à la disparition prévue d’Israël. J’ai été relevé des mes obligations avec les honneurs de l’armée américaine et je suis un homme libre; Jonathan Pollard, en revanche, est toujours en prison.

L’auteur a travaillé pour la National Security Agency, à Fort Meade, Maryland, tout en servant dans la sécurité de l’armée américaine de 1971 à 1974.

Source: jonathanpollard.org