Les batailles célèbres de l'histoire
 
Guerre du Vietnam : Hors-série
Aspects de la guerre du Vietnam
 
 
Les Leaders
 
HÔ CHI MINH
Fondateur et leader politique, des années durant, du Parti communiste indochinois, Hô Chi Minh, pseudonyme signifiant Celui qui donne la lumière, fut l'artisan de l'indépendance du Vietnam.
Né Nguyen That Than en 1890, dans l'Annam, il quitta le Vietnam en 1912 pour aller travailler en France où il milita dans les rangs du Parti communiste.  Après une période d'études en U.R.S.S., il fonda, à Hong Kong en 1930, le Parti communiste indochinois.  En 1941, il fonda le Vietmînh, une organisation politico-militaire dont le but était la libération du Vietnâm.
Adepte des enseignements de Mao, il mena, entre 1946 et 1954, une guerre de subversion contre la puissance coloniale française.  Victorieux en 1954, il parvint à instaurer un régime communiste au Nord-Vietnam et poursuivit la lutte, jusqu'à sa mort en 1969, pour conquérir le Sud et unifier le pays.
A l'instar de bien des dirigeants autoritaires communistes, il fit preuve à maintes reprises de cruauté comme, par exemple, lors de l'écrasement de la révolte paysanne de Nghê San, en 1956, où plus de 6.000 personnes perdirent la vie.
Malgré ses excès, il fut, et reste aujourd'hui, un héros aux yeux du peuple vietnamien.
 
VO NGUYEN GIAP
Né en 1912 dans l'Annam, Giap fréquenta les écoles françaises, puis l'université de Hanoï, et devint professeur d'histoire.  Fervent communiste, il rejoignit le Vietmînh et y dévoila ses qualités de chef militaire.  Il organisa la lutte contre la puissance coloniale française et fut l'artisan de la victoire de Dien Bien Phu.  Nommé ministre de la Défense du Nord-Vietnam, il dirigea la lutte contre le Sud et les Etats-Unis durant les années 6O et 7O.  Malgré l'échec de ses offensives majeures de 1968 (Têt) et 1972 (Mini Têt), il en tira un grand profit politique pour le Nord.  Il abandonna tout rôle publique après le milieu des années 70.
 
WILLIAMS CHILDS WESTMORELAND
Né en 1914 en Caroline du Sud, Westmoreland fut formé a l'Académie militaire de West Point et connut une promotion rapide durant la seconde guerre mondiale qu'il termina au grade de commandant.  Il passa ensuite à l'arme aéroportée et occupa de poste de commandement en Corée.  Il remplit ensuite diverses fonctions au sein de l'état-major, à Washington.  Possédant une grande expérience du commandement, de la gestion et des arcanes politiques, il fut nommé, en 1964, à la tête de l'état-major des conseillers américains au Vietnam.  Théoriquement commandant en chef au Vietnam, il hérita d'une situation politique et militaire critique et ne disposa jamais que de moyens limités plus proches de ceux d'un conseiller que d'un chef véritable.  Après l'engagement U.S. de 1965, il ne put exercer d'autorité sur les forces aériennes et navales, pas plus qu'il ne put contrôler les actions de la CIA.
Jusqu'en 1967, Westmorland infligea cependant de sérieux revers au Vietcong grâce à la puissance de feu U.S. et à la mobilité qui résulta de l'emploi massif des hélicoptères.
L'offensive communiste du Têt, en 1968, lui fit perdre toute crédibilité.  Remplacé au Vietnam en juin de la même année, il devint chef d'état-major de l'armée de terre U.S. et prit sa retraite en 1972.  Westmoreland s'éteignit dans une maison de retraite en 2005.
 
CREIGHTON WILLIAMS ABRAMS JR
Né dans le Massachusetts en 1914, Abrams sortit de West Point en 1936.  Promu chef de division, puis de corps d'armée, dans les années 60, il fut nommé au Pentagone et, en 1967, devint le second de Westmoreland au Vietnam.  A ce titre, il dirigea la "vietnamisation" de la guerre et organisa le désengagement militaire U.S.  Il remplaça Westmoreland à la tête de l'état-major des conseillers U.S. à Saigon au lendemain de l'offensive de Têt, en 1968.  Après le retrait U.S. du Vietnam, il remplaça Westmoreland, retraité, à la tête de l'état-major de l'armée de terre U.S.  Il mourut à ce même poste deux ans plus tard, en 1974.
 
JEAN-BAPTISTE NGÔ DIÊM
Né en 1901 dans une famille catholique aisée de la province de l'Annam, Diêm fut, en 1933, ministre de la Justice de la colonie française de Vietnam.  Par nationalisme, il renonça à ses fonctions et rejeta les tentatives d'approche du Vietminh et de la France après 1945.  Il vécu un temps aux Etats-Unis, puis dans un monastère en Belgique.  Il rejoignit le Vietnam en 1954 pour y occuper le poste de Premier ministre dans le gouvernement Bao Daï, dans les derniers mois du pouvoir colonial français. 
En qualité de Premier ministre, puis de président du Sud-Vietnam, il favorisa une politique d'affrontement avec les communistes.  En 1963, son système dictatorial et la répression des manifestations bouddhistes l'isolèrent totalement.  Victime d'un coup d'Etat de ses généraux, le 1er novembre 1963, il se réfugia dans le quartier chinois de Saigon, où il fut découvert et exécuté le lendemain.   La chute du dictateur, devenu gênant pour les Américains de par ses excès, ne perturba guère le pouvoir U.S.
 
NGUYÊN VAN THIEU
Né dans l'Annam en 1923, Thieu fut diplômé de l'Académie militaire vietnamienne en 1949 et fréquenta l'Ecole militaire U.S. de Fort Leavenworth en 1957.  En 1963, à la tête d'une division d'infanterie, il prit part au coup d'Etat contre Diêm.  En 1965 il renversa un autre militaire, le général Khanh, et fut nommé président du Comité directeur national.  A la suite des élections de 1967, il fut élu président du Sud-Vietnam avant d'être réélu en 1971.  A cette date, isolé, il tenta de sauver son pays malgré le départ des troupes U.S.  En 1975, lors de l'offensive finale des communistes, Thieu prit de désastreuses décisions militaires qui aboutirent à la chute de Saigon.  Dans les jours précédents la chute de la capitale, plus exactement le 21 avril 1975, Thieu renonça à ses fonctions et s'exila aux Etats-Unis où il mourut en 2001.
 
NGUYÊN CAO KY
Né aux abords d'Hanoï en 1930, Ky ne débuta son instruction militaire qu'en 1950, durant l'administration française.  Il reçut une formation de pilote et gravit rapidement les échelons de la hiérarchie après 1954.  Général de division en 1965, il aida Thieu à prendre le pouvoir.  Nommé Premier ministre il occupa le poste jusqu'en 1967 et prôna une politique de répression à l'égard des opposants.  En 1967, il devint vice-président de Thieu mais refusa de participer aux élections de 1971, accusant Thieu de les fausser.  Il reprit son poste de général des forces aériennes jusqu'à la chute du Sud en 1975.  Réfugié en Californie, il y ouvrit une épicerie.  En 2004 et 2005, Ky fut autorisé par le pouvoir communiste à visiter le Vietnam.  A cette occasion, il déclara vouloir oeuvrer au développement futur du pays.
 
 
Les concepts de guerre
 
 
Dans sa guerre contre la puissance coloniale française, puis contre les U.S.A., Hô Chi Minh appliqua un modèle stratégique de guerre révolutionnaire prôné par Mao Tsé-tung.
La guerre révolutionnaire selon Mao comprenait trois phases bien distinctes :
  1. Dans la première phase, des cadres communistes, infiltrés dans les villages, apportaient aux paysans une idéologie de lutte et de destruction des "ennemis de classe".  Chaque village se transformait ainsi en une nouvelle base d'où la doctrine communiste pouvait aussi se répandre.
  2. La deuxième phase consistait à créer des unités militaires révolutionnaires afin de protéger les zones passées sous influence.  Grâce à leur connaissance du terrain, ces unités pouvaient, en peu de temps, mener des actions de guerilla contre les troupes gouvernementales.
  3. Lors de la troisième phase, les unités de guérilla, expérimentées et plus lourdement équipées, se transformaient en unités régulières capables d'affronter l'armée adverse sur un champ de bataille classique.
Ce modèle stratégique présentait donc trois formes de lutte - subversion, guérilla et guerre ouverte, et se montrait très souple.  En cas de défaite militaire conventionnelle, les unités communistes pouvaient revenir à une forme de guérilla afin d'épuiser les forces adverses, avant de reprendre la troisième phase de la lutte.
 
Les Américains ne furent pas en reste et développèrent leur propre concept stratégique dit "Théorie des dominos".
Dès le 19 janvier 1951, le président U.S. sortant, Dwight Eisenhower, aborda le sujet avec son successeur, John Kennedy.  Son idée était que la chute du Sud-Vietnam entraînerait celle du Laos, du Cambodge, de la Birmanie, des Philippines et, même, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.  Eisenhower déclara ainsi : "Imaginez une rangée de dominos debout, si vous renversez le premier, vous pouvez être sûrs que le dernier ne tardera pas à tomber aussi".
Eisenhower et Kennedy furent de grands partisans de cette théorie et lièrent leur politique étrangère à la survie du Sud-Vietnam. 
C'est ce concept qui détermina les Etats-Unis à intervenir massivement dès 1965.
 
 
 
Le concept des hameaux stratégiques
 
 
Lancé en mars 1962 par le président Diêm, le programme des hameaux stratégiques visait à concentrer les paysans sud-vietnamiens dans des lieux protégés de l'influence communiste.
L'expérience fut désastreuse et creusa le fossé entre les paysans et le gouvernement.  Les raisons de l'échec furent multiples.
D'abord, les paysans vietnamiens étaient des plus attachés à leur village et supportaient mal l'idée d'un déplacement.
Par ailleurs, les contructions des hameaux où furent déplacés les paysans s'avérèrent des plus inconfortables et d'une qualité médiocre.
De même, en déplaçant hâtivement les paysans, les autorités sud-vietnamiennes déplaçèrent avec eux de nombreux cadres communistes qui purent continuer leur mission d'endoctrinement au sein même des hameaux nouvellement créés.
Enfin, la grande corruption règnant au Sud fit que l'argent destiné aux améliorations des hameaux se volatilisa dans les mains de resposables gouvernementaux.
 
Au bout du compte, de nombreux paysans, jusque là dociles, s'insurgèrent contre ce système et rejoignirent le Vietcong.
 
 
 
La piste Hô Chi Minh
 
 
En 1959, le gouvernement nord-vietnamien décida d'aider les vietcongs du Sud en mettant en place une énorme piste de ravitaillement, longue de 1.500 kilomètres, passant à travers jungle et montagnes du Laos et du Cambodge, avant de pénétrer au Vietnam du Sud.
Dans les premières années du conflit, un convoyage à partir du Nord durait environ six mois mais, au fil du temps, les pistes furent améliorées.  Des relais furent établis avec des dépôts et des points de repos.  Par ailleurs, des batteries anti-aériennes furent déployées le long de la piste.
Au début des années 60, les communistes purent y faire progresser 400 tonnes de matériel par semaine, principalement à dos d'hommes.
Dix ans plus tard, la piste s'était transformée en véritable route empruntée en permanence par 10.000 camions.
 
Le facteur humain resta cependant un facteur essentiel de l'efficacité de la piste Hô Chi Minh.  Un "porteur du Peuple" était capable de transporter sur son dos 25 kilos de matériel à raison de 24 km par jour en terrain plat ou de 15 km par jour en terrain montagneux. 
Gràce à une bicyclette, la charge transportable passait à près de 70 kilos.
 
 
 
Les L.Z. et F.S.B.
 
 
Selon le principe stratégique U.S. de la mobilité, les hélicoptères américains devaient être capables d'atterrir au milieu de territoires ennemis afin d'y déposer troupes et ravitaillement.
Les zones d'atterrissage (LZ) naturelles, telles que les clairières, étant souvent contrôlées par les communistes, il fut nécessaire d'en fabriquer.
Une fois le site choisi, les sapeurs U.S. descendaient d'hélicoptères en rappel ou à l'aide d'échelles de corde sous la protection d'autres appareils destinés à prévenir toute réaction ennemie. 
Au sol, les sapeurs coupaient les arbres à la tronçonneuse, à la hache ou à l'explosif afin de permettre, aussi vite que possible, aux hélicoptères d'atterrir avec des sections d'assaut.
Un périmètre défensif rudimentaire était rapidement établi et la Landing Zone devenait ainsi opérationnelle.
 
Une technique très similaire fut utilisée pour la création de bases de soutien d'artillerie (FSB), lesquelles étaient souvent placées au sommet d'une colline.
Le nettoyage du terrain se faisait par un lâcher de bombes spéciales "Daisy Cutter" réglées de façon à exploser au raz du sol pour abattre les arbres.
Un poteau central était disposé au centre de la zone et, grâce à une corde de 40 mètres, on traçait la ligne des bunkers qui seraient contruits à cinq mètres les uns des autres.  Une autre corde, de 80 mètres, servait à tracer le périmètre extérieur.
Des bulldozers, amenés par hélicoptères, construisaient le bunker de commandement et l'emplacement des pièces.  Après quoi, on y amenait les pièces, souvent des obusiers de 105 mm.  Protégée par des mines et un réseau de barbelés, la FSB devenait ainsi opérationnelle.
 
Sans ces bases, l'armée U.S. eut été incapable de s'aventurer dans les zones d'influence communiste.
Lors des patrouilles "Recherche et destruction", l'assurance de pouvoir compter sur l'appui de l'artillerie eut un grand effet sur le moral des soldats U.S.  L'artillerie permit souvent aux troupes U.S., même aux petites unités, de survivre aux larges assauts vietcongs.
 
 
 
Les blindés
 
 
LE M113
Conçu pour transporter les troupes sur le champ de bataille, le blindé M113 fut mis en service en 1960.
Livré au Sud-Vietnam dès 1962, il permettait de transporter un petit groupe de soldats jusqu'à la zone de combat puis, grâce à la mitrailleuse de bord, de les couvrir une fois débarqués.
Réalisé en aluminium soudé, le M113 était, à l'origine pourvu d'un moteur V8 Chrysler mais les modèles livrés au Sud-Vietnam furent équipés d'un moteur diesel.
Le blindé comptait un équipage de deux hommes : le conducteur et le chef de char.  Il pouvait transporter dix fantassins dans une cabine arrière pourvue d'une rampe métallique à commande hydraulique.  Il disposait d'une mitrailleuse de 12,7mm montée sur tourelle pivotante.
Amphibie, il se déplaçait aisément dans les rizières. 
Malgré la vulnérabilité de son fin blindage (3,8 cm), il fut un véhicule fiable, bon marché et très mobile.
 
 
LES BLINDES LOURDS U.S.
Outre les courants M113, les Sud-Vietnamiens utilisèrent des M41 américains et, dans une moindre mesure, des M48 "Patton".
Les Américains firent un large usage du "Patton" et employèrent également le M60 et le M551 "Sheridan".  Ce dernier véhicule était un blindé de reconnaissance léger disposant d'un armement sophistiqué comprenant canons et missiles.
 
Les troupes australiennes utilisèrent des chars "Centurion" de fabrication anglaise.
 

Un char M48 PATTON

 
LES BLINDES COMMUNISTES
Les unités nord-vienamiennes régulières utilisèrent, dès 1968, des chars amphibies PT46, de fabrication soviétique ou chinoise, auquels s'ajoutèrent, en 1971, des T54 et T55 dotés d'un blindage imposant et d'un puissant armement.  Tous ces chars restèrent cependant très vulnérables face à l'aviation U.S.
Dès réception de leurs chars, les Nord-Vietnamiens les utilisèrent de la manière la plus inepte mais, rapidement, tirèrent les leçons de leurs erreurs.
 

Un T54 nord-vietnamien

 
Le support aérien
 
 
Etroitement associé à la guerre du Vietnam, l'hélicoptère participa à la plupart des opérations militaires d'une façon ou d'une autre.  Il permit aux troupes d'accéder ou de repartir d'une zone de combat éloignée.  Servant de soutien aérien, il permit aussi l'évacuation des blessés, l'observation de l'enemi ou le transport de ravitaillement.
Parmi les modèles employés au Vietnam, on peut citer : le Hughes OH-6A Cayuse Loach (observation légère), le Bell AH-IG Huey Cobra (hélico d'assaut), le Bell UH-ID Iroquois Huey (transport de troupes et soutien rapproché), le Sikorsky CH-54A Tarhe Flying Crane (transport lourd) et le Boeing Vertol CH-47A Chinook (transport moyen).
 
Partout et à toute heure, l'aviation U.S. se vit contrainte à répondre rapidement à une demande de soutien de l'infanterie.
En cas de besoin, le radio au sol contactait le contrôle aérien tactique aéroporté.
La réponse lui parvenait via un contrôleur aérien avancé qui survolait la zone dans un petit appareil de type Cessna Bird Dog ou OV-10 Bronco.  Le contrôleur avancé devait souvent voler au raz du sol afin de localiser précisément l'ennemi.
Une fois celui-ci repéré, le contrôleur appelait les chasseurs-bombardiers A1 Skyraider ou A4 Skyhawk. 
Le contrôleur marquait les positions ennemies à l'aide de roquettes au phosphore et guidait les appareils tout en restant en contact avec les troupes au sol.
 
 
 
Le MEDEVAC et les missions de sauvetage
 
 
Entre le mois d'avril 1962, date d'arrivée du MEDEVAC au Vietnam, et le retrait U.S. en 1973, près de 500.000 G.I. furent blessés et évacués de leur zone de combat vers des installations médicales.
Au cours de ces périlleuses missions, des centaines d'aviateurs furent tués ou blessés.
Toutefois, pour le fantassin, la garantie qu'un hélicoptère du MEDEVAC surgirait fut d'une grande aide morale.
En moyenne, un blessé arrivait en salle d'opération moins d'une heure et demie après avoir été touché. 
 
Pour les aviateurs U.S. survolant le Vietnam, le risque d'être abattu et capturé était important.
Ainsi, les pilotes transportaient une petite radio qui émettait un signal de localisation.  Ceux qui, abattus, étaient arrivés vivants au sol et avaient échappé à une capture rapide, savaient qu'une mission de sauvetage serait effectuée pour les récupérer.
Un tel sauvetage exigeait la participation de plusieurs centaines d'hommes et de plusieurs dizaines d'appareils.  L'hélicoptère de sauvetage devait être ravitaillé en vol par un KC135.  Ensuite, il fallait établir une zone de sécurité autour de l'aviateur  à récupérer; cette mission était souvent assurée par des A1 Skyraider.  Ces avions plutôt lents étaient eux-même protégés par des chasseurs F105 et F4.  Enfin, l'hélicoptère de sauvetage devait disposer de son propre mitrailleur pour tenir l'ennemi à distance durant la récupération du pilote naufragé.
De telles opérations étaient dangereuses et très coûteuses mais essentielles pour maintenir le moral des pilotes survolant régulièrement le territoire ennemi. 
 
 
 
Les armes d'infanterie
 
 
Au Vietnam, les combats d'infanterie se déroulèrent souvent à moins de 300 mètres de distance.  En conséquence, la puissance de feu des armes fut rapidement considérée comme étant plus importante que la portée, d'où l'utilisation généralisée de fusils d'assaut capables de tirer au coup par coup ou en rafales.
 
L'arme de prédilection de l'armée nord-vietnamienne et des Vietcongs fut l'AK47 Kalachnikov.
Largement inspirée de la MP44 allemande de la seconde guerre mondiale, cette arme fut adoptée par l'armée russe en 1951.
Il s'agit d'un fusil d'assaut des plus réussi, fonctionnant par emprunt de gaz, assez précis pour tirer en rafales jusqu'à 300 mètres sans vibrations intempestives.  Malgré de menus défauts, la qualité de fabrication est élevée pour une arme d'origine russe.  L'arme est d'un fonctionnement très sûr et facile à démonter et à manipuler pour un irrégulier privé de formation militaire.
L'AK47 a été abondamment copiée par les Chinois et semble être l'arme de guerre la plus répandue à l'échelle mondiale.
 
 
L'arme de base du fantassin U.S. et sud-vietnamien fut l'Armalite AR15 M16.
Apparue en 1959, cette arme, faisant largement appel à l'usage du plastique et de l'aluminium, fut rapidement appréciée.  Maniable et légère, elle fut très appréciée en Asie où les combattants étaient plutôt de petite taille.
Ce fusil d'assaut ne possède pas de piston, les gazs passant directement à travers un cylindre et frappant directement la culasse mobile.  Ce système complexe provoque de fréquents enrayages qu'un nettoyage minutieux et régulier parvient à réduire fortement mais pas à faire disparaître totalement.
 
 
Au Vietnam, les combats rapprochés furent des plus courants et firent sentir la nécessité d'une arme courte. 
Ainsi apparu la version courte du M16, baptisée Colt Commando.  Par rapport au modèle original, le canon est réduit de moitié ce qui influence grandement la précision (moins 20%).  Il occasionne aussi une impressionnante flamme de bouche d'où l'adjonction d'un cache-flamme.  La baïonnette ne peut être utilisée sur cette arme.
La crosse téléscopique peut faire passer la longueur totale de l'arme de 71 à 97 cm.  Largement utilisée par les Special Forces, cette arme s'apparente essentiellement à la mitraillette.
 
 
Enfin, le fusil-mitrailleurs M60 fut largement utilisé.  Arme robuste, le M60 s'encrasse facilement ce qui peut l'enrayer ou provoquer un tir incontrôlé.  Il est toutefois aisément transportable (11,5 kg avec bipied).  Le M60 sauva bien des vies américaines au Vietnam grâce à son extraordinaire efficacité.
 
 
 
Les dangers des patrouilles
 
 
Tout au long de la guerre, les Américains basèrent leur tactique sur la recherche de l'ennemi, ce qui exigeait la réalisation de nombreuses patrouilles.
A partir d'une base ou d'une zone d'atterrissage, les soldats s'enfonçaient dans une nature qui leur était aussi étrangère qu'hostile.  La chaleur et l'humidité tropicale avaient raison des plus endurcis, sans compter les pluies de mousson, les moustiques, les sangsues, les serpents vénimeux...
 
Surtout, durant les patrouilles, les soldats devaient veiller à éviter les pièges et les embuscades du Vietcong.
L'un des pièges habituels était une planchette d'aiguilles en bambou ("PUNJI") acérées, trempées dans des excréments humains, pour provoquer une gangrène, et dressée verticalement au fond d'une fosse dissimulée par de la végétation..
 

Un piège "Punji"

 
Parmi les autres pièges figuraient les grenades attachées à des fils de détente qui traversaient une piste ou une rivière régulièrement empruntée.  Toute traction sur le fil dégoupillait la grenade et la faisait sauter.
On peut aussi citer les ponts en bois sciés dont les entailles étaient dissimulées par de la boue, ou des planches garnies d'épines en bambou que l'on tendait comme un arc et qui, dégagées par un cable de traction, balayaient la piste à hauteur de poitrine ou de visage.
Il existait également un système assez moyenâgeux consistant en une lourde boule de boue piquée de pointes punji et attachée à un arbre par une liane.  Libérée par un fil courant près du sol, la boule traversait brutalement le chemin...
 
En six ans et demi, de tels pièges provoquèrent la mort de 4.000 Américains, soit 11% des morts au combat.  17% des Américains blessés lors du conflit le furent par de tels pièges.
On peut supposer que les autres forces anticommunistes subirent des pertes similaires.
Simples et peu onéreux, les pièges démontrèrent ainsi grandement leur efficacité.
 
Enfin, le fantassin était handicapé, comme souvent dans les conflits antérieurs, par le poids de son équipement. Outre l'arme personnelle, il portait, aux bretelles, ses munitions, les trousses à pansement et des gourdes d'eau.  Le sac à dos était réservé aux mines, aux grenades, aux munitions de réserve, à une autre gourde d'eau, à des fusées éclairantes, à des rations alimentaires, à des cachets contre la déshydratation, à des produits répulsifs d'insectes, à du linge de rechange, à une trousse de nettoyage des armes, à une autre trousse à pansement, à des cigarettes, à des produits de toilette...
Il fallait encore ajouter une pelle, une machette et divers outillages, sans oublier le casque en acier et le gilet pare-balles...
 
 
 
Les tunnels
 
 
Les Vietcongs utilisaient déjà des réseaux de tunnels à l'époque de la présence française.
Quand les Américains intervinrent au Vietnam en 1965, les communistes créèrent des centaines de kilomètres de tunnels, comprenant dortoirs, hôpitaux, écoles, entrepôts souterrains, au sein même des zones d'occupation U.S. et sud-vietnamienne.
L'entrée des tunnels était minuscule et très bien dissimulée, parfois même située sous la surface de l'eau d'une rivière.
La vie dans ces tunnels était infernale mais ils offraient aux Vietcongs un abri sûr.
 
Au début, les Américains ignoraient la présence de ces tunnels.  Par la suite, ils tentèrent d'en chasser les communistes en y lançant du gaz C.S. ou des explosifs.  Toutefois, la nécéssité de tirer des renseignements (les tunnels offraient toutes les qualités de bases de subversion) poussa les Américains à y envoyer des soldats chargés d'en extraire les cadavres et les documents ou d'affronter directement le Vietcong.
Rares furent les soldats capables de s'enfoncer dans ces trous sombres et étroits sans savoir où était l'ennemi et ce qui les attendait.  Ce furent eux que l'on surnomma bientôt les "Rats de tunnels"...
 

L'entrée d'un tunnel

Vue intérieure

 
 
La période de service militaire
 
 
De 1964 à 1972, 2,2 millions de jeunes Américains - sur un total de 26,8 millions ayant ateint l'âge de 18 ans à cette époque, furent incorporés dans l'armée pour y effectuer un service militaire de deux ans.
A ces 2,2 millions s'ajoutèrent 8,7 millions de volontaires.  Le reste, soit 15,9 millions, échappa au système.
 
Plus la guerre devint impopulaire, plus nombreux furent ceux qui brûlèrent leur carnet militaire...  Des insoumis décidèrent de ne pas s'inscrire sur les listes de recensement.  Certains demandèrent un report d'incorporation pour des motifs divers, souvent des études supérieures.
Beaucoup de jeunes tentèrent de se faire exempter pour raisons de santé, en se déclarant objecteur de conscience ou en invoquant des responsabilités familiales. 
D'autres encore s'engagèrent dans la Garde nationale, une milice volontaire au service de l'Etat et, plus rarement, de la Fédération.
Quelques uns, aussi, quittèrent le pays, souvent pour rejoindre le Canada.
Lorsque le président Ford accorda une amnistie générale en 1974, il y avait 209.517 insoumis qui n'avaient même pas tenté de demander un sursis d'incorporation.
 
Les recrues de l'armée U.S. étaient envoyées au Vietnam pendant un an qui prenait cours au moment où le jeune prenait un vol régulier de la côte Ouest américaine vers Saigon; la libération avait lieu à la date du DEROS (Date Eligible to Return from Overseas Service), jour de retour aux U.S.A.
Pendant son année de service, la recrue passait du statut de Funny New Guide, c'est-à-dire de "Bleu", à celui de Short-Timer,  soit de "Libérable".
Pendant le premier mois, le nouveau venu constituait surtout un handicap pour son unité.  Il devenait par la suite un combattant expérimenté.  Mais, souvent, à partir du dixième mois, les soldats cherchaient à éviter le danger et à limiter leur participation aux tâches les plus dangereuses...
Or, à tout moment, une unité comportait une partie de "Bleus" et de "Libérables", ce qui diminuait son efficacité.
 
Les officiers furent envoyés au Vietnam pour des périodes de six mois.  Le but était de permettre au plus grand nombre d'acquérir l'expérience du combat.  Toutefois, et malgré la volonté affichée par certains officiers d'effectuer un service de 12 mois, cette différence de temps de service provoqua un grand mécontentement parmi les appelés.
 
 
 
Les permissions
 
 
Durant son année de service, le soldat U.S. avait droit à une semaine de permission, appelée R&R "rest and recreation", hors du Vietnam.
Il avait alors le choix entre plusieurs destinations, depuis Bangkok jusqu'à Sidney.
La plupart des hommes mariés choisirent Hawaii, où leurs épouses pouvaient les rejoindre facilement.
 
Au cours de cette période, ils tentèrent d'oublier les horreurs de la guerre et de se rétablir mentalement avant de partir achever leur année.
Certains estimèrent cependant que le passage d'une zone de combats à un repos paisible ensuite suivi d'un retour à la guerre était des plus déstabilisateur.
 
Chaque soldat avait aussi droit à des permissions de deux ou trois jours au Vietnam.  Beaucoup les prenaient à Saigon, ville de tous les plaisirs, ou dans les camps établis sur la côte dans des sites idylliques comme Vung Tau, Cam ranh et Da Nang, où ils pouvaient surfer, se baigner, boire et manger à satiété en sécurité (même si les drogues et la prostitution ne tardèrent pas à y apparaître).
L'armée organisa aussi des spectacles livrés par des professionnels, de talent très variable, entre 1966 et 1970.  Par exemple, Bob Hope et Sammy Davis Jr se produisirent au Vietnam.  D'autres "vedettes" étaient d'un intérêt moindre mais le but était de distraire les soldats pour quelques heures  et ce fut toujours le cas.
 
 
 
Les Noirs et les autres minorités
 
 
Durant l'engagement U.S. au Vietnam, les minorités ethniques américaines combattirent aux côtés des Blancs.
La politique de ségrégation de l'armée, encore en usage durant la seconde guerre mondiale et qui avait vu la création d'unités "noires" commandées par des officiers blancs, avait vécu.
La guerre offrit aux soldats noirs ou autres la possibilité d'améliorer leur formation et leur position sociale.  Nombre de sous-officiers de carrière furent des Noirs; il avait aussi beaucoup de sous-officiers d'origine hispanique.  Beaucoup purent atteindre des grades relativement élevés.
 
Malgré l'absence de ségrégation dans les zones de combats, lors des permissions, les soldats se regroupaient volontiers par groupes ethniques.  A Saigon, chaque groupe avait ses bars et bordels, comme Khanh Hoi pour les Noirs et Tu Do pour les Blancs.
La division s'accentua après les troubles raciaux qui secouèrent les U.S.A. et qui culminèrent avec l'assassinat de Martin Luther King en avril 1968.  Les problèmes s'agravèrent avec l'arrivée au Vietnam de jeunes Noirs ayant vécu les révoltes de ghettos ou subi l'influence de groupes d'activistes tels que les Panthères Noires.
 
Enfin, l'analyse des pertes subies au Vietnam montra que les Noirs y avaient payé un prix très élevés : 23% des soldats U.S. tués au Vietnam étaient des Noirs.
 
 
 
La baisse du moral
 
 
Jusqu'en 1969, le moral des soldats U.S. resta très bon.  Toutefois, lorsque le cours de la guerre s'inversa et que la situation fut agravée par l'opposition populaire et le début de négociations de paix, la nécessité de remettre en cause les actions offensives s'imposa.
Le taux de désertion monta en flèche pour atteindre, en 1971, un chiffre de 7,35% !
L'usage de drogues se généralisa.  Un rapport du ministère de la Défense U.S. estime que la moitié des militaires américains au Vietnam avait fumé de la marijuana durant l'année de service.  Un tiers avait pris des drogues psychédéliques.  Plus du quart était passé aux drogues dures : opium et héroïne...
 
La discipline militaire se relâcha.  Certains gradés, détestés par leurs hommes, furent assassinés.  On dénombra ainsi officiellement 788 cas de fragging (meutres à la grenade à fragmentation) entre 1969 et 1972.
On enregistra aussi des cas de "refus de se battre" (35 dans une division en 1970).
Dans l'ensemble le respect de l'uniforme et des grades s'effondra progressivement....
 
 
 
Le comptage des morts
 
 
Durant son engagement au Vietnam, et surtout sous la pression de Washington, l'armée américaine dut se livrer à un "comptage des morts".
Ce concept impliquait de dénombrer les cadavres ennemis retrouvés après un combat et de transmettre ces chiffres au ministère américain de la Défense.  Le but était de mesurer l'efficacité de la lutte contre les communistes.
 
Sur le terrain toutefois, cette pratique se révéla ardue surtout, par exemple, parce que les membres du Vietcong ne portaient pas d'uniforme.  Il était impossible de distinguer le cadavre d'un Vietcong de celui d'un civil.  Aussi, les Américains eurent tendance à comptabiliser tous les cadavres vêtus de noir, y compris femmes et enfants, dans leurs estimations des pertes vietcongs.
Cette procédure conduisit à une exagération des chiffres de l'ordre de 30%.
Souvent aussi, des unités procédèrent à un double comptage afin de s'accorder le mérite des pertes ennemies.  Certains officiers, comme le général Julian Ewell, allèrent jusqu'à imposer des quotas que ses subordonnés devaient atteindre pour bénéficier de rapports favorables....
De telles pratiques ne pouvaient mener qu'à bien des excès.
 
 
 
Les forces spéciales
 
 
Confrontés à un ennemi sachant profiter du terrain pour se dissimuler, les Américains créèrent des unités capables d'opérer en territoire ennemi en vue de pratiquer des missions de reconnaissance ou de sabotage.
Ces équipes, fortes de 6 ou 7 volontaires, opéraient au-delà de tout soutien d'artillerie.
Les équipes des forces spéciales ne tardèrent pas à utiliser des tribus locales pour monter des opérations généralement désignées par une lettre grecque comme nom de code.
En mai 1964, le Projet Delta permit de recueillir des renseignements dans l'ensemble du Vietnam et de surveiller les pistes d'infiltration de Vietcong et de l'armée nord-vietnamienne.
En août 1966, le Projet Omega permit de surveiller la zone frontalière de la zone tactique II.  De même, le Projet Sigma permit de surveiller la frontière de la zone tactique III.
Plus secret, le Projet Gamma impliqua des opérations de renseignements au Cambodge et au Laos neutres.
Ces opération se poursuivirent jusqu'au retrait des forces spéciales, en 1973.
 
 
 
Le renseignement militaire U.S.
 
 
Dans toutes les guerres, l'acquisition de renseignements sur l'ennemi a toujours eu une importance cruciale.  Au Vietnam plus qu'ailleurs, dans une guerre où l'ennemi se dissimulait souvent parmi la population locale, le service de renseignements joua un rôle majeur.
Les Américains recueillirent d'énormes quantités d'informations de leurs forces spéciales, des prisonniers de guerre, des patrouilles, des documents saisis, des reconnaissances aériennes...
Ce fut justement cette abondance qui posa problème.  Dès 1967, les Américains se retrouvèrent ensevelis sous une avalanche de renseignements.  Le centre d'analyse des renseignements reçut, chaque mois, environ trois millions de pages de documents ennemis.  10% des documents seulement purent être traduits ce qui rendit impossible l'utilisation des renseignements sur le terrain.
A lui seul, le centre d'analyse produisit une demi-tonne de rapports par jour mais personne n'avait le temps de les lire et d'en extraire les informations importantes.
L'efficacité technologique et militaire sur le terrain aboutit donc à un excès de données que le système fut incapable d'absorber.
 
 
 
La ligne McNamara
 
 
Dès 1966, les Américains étudièrent la possibilité d'ériger une barrière physique qui empêcherait les incursions nord-vietnamiennes à travers la zone démilitarisée.
Le projet fut mis au point par le groupe Jason, un groupe de scientifiques de haut niveau.
Robert mcNamara, secrétaire d'Etat à la Défense,donna le feu vert et octroya au projet des fonds pratiquement illimités.
 
Telle qu'envisagée au départ, la barrière devrait couvrir l'entièreté de la zone démilitarisée et pénétrer partiellement au Laos.  Elle consistait en une zone large de 15 kilomètres, dénuée de végétation, où une énorme quantité de mines furent jetées en travers des voies d'infiltrations ennemies.
Des déflecteurs acoustiques et sismiques y furent placés afin de permettre à des avions radars de diriger les batteries d'artillerie ou les bombardements aériens.
 
De nombreux déclenchements intempestifs, créés par des animaux sauvages, poussèrent à parfaire le système.
En 1968, les premiers tronçons de ligne furent pourvus des ACOUSIDS et des ADSIDS.  Les premiers étaient des espèces de micros parachutés de manière à rester accrochés aux arbres et à détecter les bruits en-dessous d'eux.  Les seconds étaient des boîtiers électroniques, lancés par avions ou hélicoptères et qui s'enfonçaient dans le sol (seule une antenne imitant une feuille restait vsible), qui permettaient de détecter les bruits de pas.
Les signaux émis étaient captés par un avion radar volant au-dessus de la zone et utilisés pour lancer une contre-attaque.
 
Une autre méthode consistait à utiliser un "renifleur de personnes", soit un tuyau pendant d'un hélicoptère et qui aspirait l'air extérieur afin de l'analyser et d'y détecter des traces d'ammoniac provenant de la sueur et des urines humaines.
Autre particularité, le TURSID était un détecteur sismique ayant l'apparence d'une crotte de chien et qui réagissait après avoir été écrasé par un pied humain ou une roue de véhicule.
 
Cette barrière technologique ne fut jamais achevée et une quinzaine de kilomètres furent finalement construits.  Son coût, supérieur au milliard de dollars de l'époque, était en effet des plus exorbitant.
 
 
 
Les porte-avions et les armes "intelligentes"
 
 
L'aéronavale U.S; fut impliquée dans les raids contre le Nord-Vietnam dès 1964.  Elle fut utilisée dans les raids "Rolling Thunder", entre 1965 et 1968, et dans l'opération "Linebacker" de 1972.
Contrairement aux appareils de l'USAF, qui opéraient à partir de la Thailande ou du Sud-Vietnam, les appareils de la marine opéraient depuis des porte-avions naviguant au large du Vietnam.
Au début de 1965, deux porte-avions (cinq par la suite) furent stationnés, tour à  tour, au large du Vietnam.  Les navires opérèrent depuis une zone connue sous le nom de "Yankee Station", située à 150 kilomètres de la côte nord-vietnamienne.
Les navires, qui portaient souvent 70 avions, restaient en service cinq mois, effectuant des veilles de douze heures avant de consacrer les douze heures suivantes au ravitaillement.
Au début de 1966, un sixième porte-avions stationna au large du Sud-Vietnam, sur "Dixie Station".
Lorsque le président Nixon autorisa des bombardements massifs contre le Nord, en 1972, sept porte-avions participèrent aux opérations, tous depuis "Yankee Station".
 
Au cours de l'opération "Rolling Thunder", les scientifiques américains tentèrent de développer des technologies qui amélioreraient la précision des bombardements.
La marine U.S. ouvrit la voie avec la bombe à guidage "Walleye" qui était une bombe conventionnelle munie d'une petite caméra.  Lorsque la bombe était larguée, la caméra transmettait ses images à un écran placé à bord de l'avion d'où un technicien pouvait orienter légèrement le projectile en orientant électroniquement les ailerons de l'empannage arrière.
 
L'USAF adopta un système plus perfectionné.  Un rayon laser était utilisé pour "éclairer" la cible sur laquelle une bombe à guidage laser se dirigeait en chevauchant le faisceau.  Cette technique, baptisée "Paveway", garantissait une erreur de visée inférieure à 9 mètres.
 
 
 
L'agent orange et le napalm
 
 
Dès novembre 1961, le président Kennedy autorisa l'usage d'herbicides au Vietnam afin de détruire le feuillage de la jungle qui offrait une grande protection au Vietcong.
En janvier 1962, les U.S.A. déclenchèrent l'opération "Ranch Hand".  Lorsque cette opération prit fin, en 1971, 68 millions de litres d'herbicides avec été déversés sur une période de 2,3 millions d'hectares du Vietnam du Sud, mais aussi du Laos et du Cambodge, dans le secteur de la piste Hô Chi Minh.
 
Le défoliant le plus utilisé fut l'agent orange qui contenait une hormone de croissance.  Déversé sur les arbres, il accélérait leur croissance et aussi la chute des feuilles.
Les missions "Ranch Hand", souvent précédées de tracts destinés à prévenir les paysans, visaient à défolier des bandes larges de plus de 500 mètres.
Au début de son utilisation, l'agent orange fut considéré par les Américains comme étant inoffensif pour le bétail et les populations.  Des volontaires U.S. se rendirent même dans des villages pour manger, devant les paysans, du pain trempé dans l'herbicide afin de souligner son aspect inoffensif.
Toutefois, en 1969, l'Institut américain de lutte contre le cancer découvrit que l'un des composants du produit, la dioxine, était cancérigène et pouvait provoquer des malformations..
De fait, les effets de l'agent orange se font encore sentir au Vietnam ainsi que chez les anciens soldats américains qui eurent à manipuler ce produit.
 
Arme mortelle, dont le nom dérive du palmitate de sodium (Na), le napalm fut intensivement utilisé au Vietnam.
Au début des années 60, la bombe au napalm la plus courante était la BLU-1; dans les années 70, elle fut remplacée par la BLU-27.
Sur chacun des containers de mille litres de napalm était branché un allumeur au phosphore qui s'enflammait au contact de l'air.  Lorsque la bombe se fracassait au sol, projetant le napalm à distance, une fusée faisait exploser l'allumeur, mettant à nu le phosphore qui s'enflammait et incendiait le napalm.  Le tout se déroulait en une fraction de seconde et il n'y avait pas d'échappatoire pour ceux qui se trouvaient à proximité.
L'image de l'immense flamme provoquée par une attaque au napalm est désormais associée étroitement à la guerre du Vietnam.
Son utilisation par les U.S.A. provoqua d'importantes manifestations de par le monde.
La célèbre photo d'une petite fille vietnamienne brûlée par une bombe au napalm bouleversa grandement l'opinion internationale.
 

Explosion de napalm

 
 
La défense antiaérienne du Nord-Vietnam
 
 
Ceux qui crurent que la supériorité aérienne des U.S.A. viendrait rapidement à bout du Nord-Vietnam durent rapidement reconnaître leur erreur.
Dans les premières années de la présence U.S., en 1964 et 1965, les Nord-Vietnamiens ne disposaient guère plus que de canons antiaériens de 37 et 57mm, d'origine russe ou chinoise, à visée optique et d'une portée inférieure à 6.000 mètres d'altitude.
Il suffisait dès lors aux pilotes U.S. de rester hors de portée pour voler en sécurité.
 
Toutefois, lorsqu'ils étaient obligés de s'approcher de cibles à basse altitude, les pilotes étaient souvent pris à partie par ces pièces ainsi que par les simples fusils des milices paysannes.  Or, avec de la chance, un coup de fusil bien placé pouvait suffire à abattre un appareil.
 
Avec l'intensification des raids aériens, les Nord-Vietnamens acquirent des canons antiaériens de 85 et 100mm guidés par radar.  Très rapides, ces pièces pouvaient tirer jusqu'à 12.000 mètres d'altitude.
Dès 1968, plus de 80% des pertes aériennes U.S. furent attribuées à ces canons.
 
En juillet 1965 enfin, le Nord-Vietnam fit l'acquisition de missiles sol-air soviétiques SAM 2 et SAM 3 qui, malgré leur efficacité limitée, rendirent plus dangereuse encore le survol du Nord.
 

Un missile SAM toujurs dressé en mémorial aux abords d'Hanoï

 
Les prisonniers de guerre U.S. au Vietnam
 
 
En mars 1973, après la signature des accords de Paris qui consacraient le retrait U.S. du Vietnam, 591 Américains détenus furent libérés par Hanoï.
Les prisonniers étaient pour la plupart des aviateurs qui avaient été abattus lors de vols de bombardements au-dessus du Nord.  Certains avaient été détenus durant plus de 8 ans.  Ainsi, le lieutenant Alvarez avait été capturé en août 1964.
 
L'Américain fait prisonnier était régulièrement exhibé devant la population (et parfois copieusement rossé par les civils) avant d'être transféré à la vieille prison coloniale de Hoa Lo, à Hanoï, où il était placé en isolement cellulaire afin de le désorienter.  Il était ensuite rapidement interrogé tout en restant privé de contact avec les autres prisonniers. 
Généralement, l'interrogatoire se doublait de tortures.  Il s'agissait là d'une violation de la Convention de Genève mais les Nord-Vietnamiens arguaient que, la guerre n'ayant pas été officiellement déclarée, les Américains agissaient illégalement, en "pirates impérialistes", et ne pouvaient donc bénéficier de la moindre protection.
Sous la torture, les prisonniers livraient des confessions écrites dans un language typique des pays de l'Est et auxquelles personne en Occident n'accordait de crédibilité.
Les Américains eurent la preuve de leurs soupçons lorsqu'un prisonnier, conduit devant la presse à Hanoï, réussit à cligner, en morse, le mot "torture".
 
Les U.S.A. tentèrent une audacieuse opération de libération de prisonniers. 
Durant la nuit du 21 novembre 1970, un hélicoptère déposa 14 commandos dans l'enceinte de la prison de Son Tay, située à 50 kilomètres d'Hanoï.  En trois minutes, les gardes furent éliminés, les murs percés et les cellules ouvertes.
Malheureusement, ce raid fut inutile.  Les Américains n'avaient pu remarquer, avant le raid, que les prisonniers avaient tous été transférés quatre mois plus tôt...
 
Selon les accords pris entre les U.S.A. et le Nord-Vietnam, les prisonniers U.S. seraient libérés au fur et à mesure du retrait américain du Vietnam du Sud.
L'opération "Homecoming" débuta le 12 février 1973 mais, bien vite, Hanoï prit du retard.  Lorsque Nixon suspendit le retrait des troupes, le rythme des libérations redevint normal jusqu'à parvenir à son terme le 29 mars.
Dans le même temps, Saigon libéra 26.508 Nord-Vietnamiens tandis qu'environ 5.000 Sud-Vietnamiens étaient rendus.
 
Depuis 1973, des rumeurs affirment qu'une partie des 2.494 Américains portés disparus au Vietnam y sont toujours retenus.
 

Le "Hanoï Hilton" où furent détenus la plupart des prisonniers U.S.

 
La presse "underground"
 
 
Les soldats U.S. envoyés au Vietnam étaient désireux d'avoir des nouvelles du monde extérieur et de se distraire.
Les radios officielles et les publications militaires, comme "Star and Stripes", remplissaient ce rôle mais se montraient peu critique envers le gouvernement fédéral.
 
Rapidement donc, les soldats firent paraître leurs propres journaux.  Entre 1967 et 1972, environ 240 parutions virent le jour.
Dans l'ensemble, le contenu était limité et le tirage confidentiel.  La parution la plus célèbre fut "Grunt", dont le premier exemplaire sortit en février 1968 sous l'aspect d'un magasine sur papier glacé, qui reprenait articles, poèmes, photos de nus,...  "Grunt" atteignit un tirage de 30.000 exemplaires et fut rebaptisé, en 1969, "Grunt Free Press".  Sous cette forme, il survécut jusqu'en 1971.
La presse "underground" d'époque est une source historique intéressante car reflétant bien l'état d'esprit des soldats de l'époque.  Ainsi, en 1969, l'un des journaux offrit une prime de 10.000 dollars à celui qui tuerait le lieutenant-colonel Honeycutt, rendu responsable des pertes énormes de l'assaut futile d'Hamburger Hill...
 
 
 
La vietnamisation
 
 
Après le choc de l'offensive du Têt , les Américains décidèrent de confier l'effort de guerre aux Sud-Vietnamiens afin de favoriser leur propre retrait de la région.
Malheureusement, le processus de vietnamisation échoua.  Le retrait rapide des U.S.A. empêcha les Sud-Vietnamiens de faire leurs preuves pendant que les Américains étaient encore présents.
De plus, l'armée du Sud fut modelée selon le modèle U.S.  L'équipement était américain mais la formation demeurait limitée.   Ainsi, en dépit des apparences, l'armée sud-vietnamienne de 1971 n'était qu'une coquille vide.  Les soldats étaient désireux de se battre mais la corruption et les désertions régulières minèrent rapidement l'armée.
L'armée du Sud se comporta bien lors du "Mini Têt", en 1972, mais, à cette date, elle bénéficiait d'un fort appui aérien U.S.
Une fois les Américains définitivement partis, il ne restait plus au Sud qu'une apparence de puissance...
 
 
 
Les pertes U.S.
 
 
Au Vietnam, les Américains perdirent près de 57.000 tués, dont 46.558 morts au combat et 1.390 décédés hors combat.
L'année d'engagement la plus meurtière fut 1968 (14.592 tués).  Les années 1967 et 1969 furent également parmi les plus coûteuses (respectivement 9.378 et 9.414 morts ces années-là).
 
On estime qu'environ 300.000 militaires furent blessés mais leur nombre fut sans doute supérieur.
 
Enfin, il faut citer les tristement célèbres "Missing In Action", soit 2.494 disparus.