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Conseil de sécurité
CS/2444
4701e
séance – matin 5
février 2003
LE SECRETAIRE D’ETAT AMERICAIN, COLIN POWELL,
PRESENTE DES INFORMATIONS «SÛRES ET FIABLES» SUR LES
TENTATIVES DE L’IRAQ DE DISSIMULER LES ARMES ET ACTIVITES
INTERDITES PAR LA RESOLUTION 1441
Dans le cadre des appels répétés en
faveur de la poursuite des inspections, la France propose un
renforcement décisif des moyens d’inspection et de
surveillance
Conformément à l’annonce faite, le 28 janvier
dernier, par le Président des Etats-Unis, George W. Bush
dans son «Discours à la nation», le Secrétaire d’Etat
américain, M. Colin Powell est venu, ce matin, partager,
avec ses homologues, Ministres des affaires étrangères des
pays membres du Conseil de sécurité, des informations sur
les armes de destruction massive de l’Iraq et son
implication dans le terrorisme, et corroborer l’évaluation
des inspecteurs de l’ONU sur le degré de coopération de ce
pays. Après quatre ans d’absence, les inspections en
désarmement de l’ONU ont repris le 27 novembre 2002
conformément au mandat renforcé défini par la résolution
1441 du 8 novembre de la même année. Le 27 janvier, les
Chefs des inspecteurs, le Président exécutif de la
Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des
Nations Unies (CCVINU), M. Hans Blix, et le Directeur
général de l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA), M. Mohamed El Baradei, ont fait état devant le
Conseil des difficultés rencontrées dans leurs relations
avec les autorités iraquiennes et de la persistance de zones
d’ombre dans le programme d’armement iraquien. Le prochain
rapport des inspecteurs est attendu le 14 février.
A l’aide de bandes sonores, de photos
satellites et de cartes, le Secrétaire d’Etat américain a
dénoncé des «faits et des comportements» qui montrent que le
Président iraquien, Saddam Hussein, et son régime n’ont
aucune intention de se débarrasser de leurs armes de
destruction massive mais au contraire d’en acquérir
davantage. Passant en revue les tentatives de dissimulation
des activités relatives aux armes chimiques, biologiques et
nucléaires, le Secrétaire d’Etat a souligné que ses
informations proviennent de sources variées, sûres et
fiables dont les services de renseignement de son pays et
d’autres pays. Mon pays, a-t-il précisé, ne peut vous
dévoiler l’ensemble des informations qu’il détient mais si
vous ajoutez ce qu’il est prêt à partager avec vous à ce que
vous savez déjà depuis plusieurs années, le résultat est
troublant. Le Secrétaire d’Etat a particulièrement mis
l’accent sur l’existence d’une Commission de surveillance
des équipes d’inspection chargée par le Président Saddam
Hussein lui-même d’espionner les inspecteurs.
Pour Colin Powell, l’attitude de l’Iraq
vis-à-vis des inspections de l’ONU ne relève pas d’un simple
manque de coopération mais d’une campagne délibérée de faire
obstacle à la mise en œuvre de la résolution 1441 qui
stipule, a-t-il rappelé, que «les fausses déclarations, les
omissions ou un manquement de l’Iraq à respecter et à
coopérer pleinement à la mise en œuvre de la résolution
constitue une autre violation substantielle de ses
obligations». Les Etats-Unis, a-t-il prévenu, ne prendront
pas le risque de laisser Saddam Hussein en possession de ces
armes de destruction massive.
Prenant appui sur la présentation du
Secrétaire d’Etat, le Secrétaire d’État aux affaires
étrangères et aux affaires du Commonwealth du Royaume-Uni,
M. Jack Straw, s’est prononcé pour la poursuite des
d’inspections en appelant néanmoins le Conseil à assumer ses
responsabilités au cas où l’Iraq continuerait de ne pas
respecter les dispositions de la résolution 1441, au-delà du
14 février. Ces propos ont été appuyés par le Ministre des
affaires étrangères de la Chine, M. Tang Jiaxuan, qui a
souligné qu’il revient au Conseil seul de décider de la
marche à suivre sur la base des résultats des inspections.
Les informations présentées aujourd’hui confirment que les
activités des inspecteurs doivent se poursuivre car ces
derniers sont les seules habilités à se prononcer sur le
respect par l’Iraq des décisions du Conseil de sécurité, a
dit en écho le Ministre des affaires étrangères de la
Fédération de Russie, M. Igor Ivanov, qui n’a pas exclu
l’éventualité d’une autre résolution. Ses appels à l’unité
du Conseil face à la question iraquienne ont été réitérés
par le Ministre des affaires étrangères de la France, M.
Dominique de Villepin.
Ce dernier a souligné, une nouvelle fois,
qu’en cas d´impasse dans la mise en œuvre de la résolution
1441, aucune autre option ne doit être exclue, y compris «en
dernière extrémité» le recours à la force. Toutefois, entre
l’intervention militaire et un régime d’inspections
insuffisant en raison d’un défaut de coopération de l’Iraq,
le Ministre français des affaires étrangères a choisi un
renforcement décisif des moyens d’inspection. Il a proposé,
dans ce cadre, le doublement ou le triplement du nombre des
inspecteurs et l’ouverture de nouveaux bureaux régionaux; la
mise en place d’un corps spécialisé chargé de maintenir sous
surveillance les sites et les zones déjà contrôlées, et le
renforcement sensible des capacités d’observation et de
collecte d’information sur le territoire. Dominique de
Villepin a aussi proposé la création d’un centre de
coordination et de traitement des informations qui
fournirait à la CCVINU et à l’AIEA toutes les ressources en
matière de renseignement dont ils pourraient avoir besoin;
le recensement et la hiérarchisation des questions de
désarmement non résolues et l’élaboration d’un échéancier
«exigeant et réaliste» pour avancer dans l’évaluation et
l’élimination des problèmes. Pour le Ministre français des
affaires étrangères, ce dispositif renforcé d’inspection et
de surveillance, pourrait être utilement complété par un
coordonnateur permanent des Nations Unies pour le
désarmement de l’Iraq travaillant sur place et sous
l’autorité de la CCVINU et de l’AIEA.
Pour ce qui est de l’implication de l’Iraq
dans le terrorisme, le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis a
surtout évoqué les liens entre l’Iraq et le réseau
terroriste Al-Qaida. Pour étayer ses propos, il a cité la
présence dans le nord-est de l’Iraq d’un groupe de
terroristes mené par Abu Musab Al-Zarqawi, un collaborateur
de Oussama Ben Laden qui travaille avec une vingtaine
d’autres extrémistes installés en Iraq. Colin Powell a
aussi fait part de rencontres régulières entre les services
de renseignement iraquiens et des membres d’Al-Qaida et
informé le Conseil que l’intérêt d’Al-Qaida pour les armes
de destruction massive l’a conduit à se tourner vers l’Iraq
pour obtenir une aide extérieure. Soulignant l’importance
de la lutte contre le terrorisme, le Ministre des affaires
étrangères de la Fédération de Russie a voulu qu’en la
matière, l’unité du Conseil de sécurité soit l’élément
central de toutes les approches «même si des divergences
tactiques» existent.
Les informations apportées aujourd’hui par le
Secrétaire d’Etat américain ont été rejetées en bloc par le
Représentant permanent de l’Iraq qui les a perçues comme une
tentative de «vendre l’idée d’une guerre qui n’a aucune
justification politique, morale ou juridique». Avant de
réitérer la détermination de son pays à coopérer avec les
inspecteurs pour une levée rapide des sanctions, le
représentant s’est attardé sur les allégations concernant
les liens de son pays avec Al-Qaida. Il a cité les propos
du Président Saddam Hussein selon lesquels si l’Iraq
entretenait de telles relations, il n’aurait aucun mal à les
assumer.
Outre les orateurs cités, les Ministres des
affaires étrangères du Cameroun, de la Bulgarie, du
Pakistan, du Chili et de l’Allemagne ont pris la parole
ainsi que le Vice-Ministre des affaires étrangères de
l’Angola et les Représentants permanents de la République
arabe syrienne et de la Guinée.
LA SITUATION ENTRE L’IRAQ ET
LE KOWEÏT
Déclarations
M. COLIN L. POWELL, Secrétaire d’Etat des
Etats-Unis, a d’abord souligné que le 8 novembre
dernier, le Conseil a adopté la résolution 1441 avec pour
objectif de désarmer l’Iraq de ses armes de destruction
massive. La résolution, a-t-il précisé, ne s’adressait pas
à une partie innocente mais à un régime reconnu coupable de
violation patente de ses obligations en vertu de 16 autres
résolutions et, ce, depuis douze ans. La résolution 1441
donnait à l’Iraq une dernière chance de respecter les
directives de l’ONU ou de subir des conséquences graves. Le
8 novembre, a ajouté le Secrétaire d’Etat, tous les Etats
Membres avaient bien pesé la nature et l’objectif de la
résolution et l’ampleur des conséquences. Le fardeau du
désarmement a été placé sur l’Iraq et pas sur les
inspecteurs qui ne sont pas des détectives.
La réunion, a expliqué le Secrétaire d’Etat,
a été demandée par les Etats-Unis pour appuyer les
évaluations générales de la CCVINU et de l’AIEA. Il a
rappelé que la première institution a estimé que l’Iraq ne
semble pas véritablement accepter la notion de désarmement
et que la deuxième a déclaré que la déclaration du 7
décembre de l’Iraq ne fournissait aucune information
pertinente aux questions qui sont restées en suspens depuis
1998. La réunion a également été demandée, a-t-il
poursuivi, pour fournir des informations supplémentaires et
partager ce que les Etats-Unis savent sur les programmes
d’armement de l’Iraq et son implication dans le terrorisme.
Les informations présentées aujourd’hui viennent de
plusieurs sources. Le Secrétaire général a ainsi déclaré
que ces sources viennent de son pays mais aussi d’autres
pays. Certaines de ces sources sont d’ordre technique
telles que les conversations téléphoniques et les photos
satellites. D’autres sources, a encore souligné le
Secrétaire d’Etat, sont des personnes qui ont risqué leur
vie pour faire connaître au monde les plans de Saddam
Hussein.
Je ne peux pas dévoiler tout ce que nous
savons mais ce que je vais partager avec vous, ajouté à ce
que vous savez depuis plusieurs années, est très troublant.
Ce que vous allez voir est une accumulation de faits et de
modes de comportement. Les faits et les comportements de
l’Iraq démontrent que Saddam Hussein et son régime ne font
aucun effort pour désarmer. En effet, les faits et le
comportement de l’Iraq montrent que Saddam Hussein et son
régime ont dissimulé leurs efforts pour produire davantage
d’armes de destruction massive. Ayant apporté cette
précision, le Secrétaire d’Etat a fait écouter deux
conversations téléphoniques, dont l’une tenue le 26
novembre, soit un jour avant l’arrivée des inspecteurs,
implique deux hauts gradés de l’armée iraquienne. Dans les
deux conservations, il a expliqué qu’il est question d’une
tentative de dissimulation qui n’est pas une entreprise
isolée mais une partie intégrante de la politique que l’Iraq
mène depuis 12 ans et qui est décidée au plus haut niveau.
Le Secrétaire d’Etat a d’ailleurs révélé l’existence d’une
Commission de surveillance des équipes d’inspection chargée
d’espionner les inspecteurs.
Nous en savons beaucoup sur cette
Commission. Nous savons par exemple qu’avant le retour des
inspecteurs, le régime a décidé de jouer une nouvelle fois
au chat et à la souris. Le Secrétaire d’Etat a également
souligné qu’en fournissant sa Déclaration, le seul but de
l’Iraq était d’inonder le Conseil et les inspecteurs
d’informations inutiles sur les armes autorisées pour éviter
les efforts qu’il était tenu de fournir sur les armes
interdites. Toutes mes informations sont appuyées par des
sources sûres, a insisté le Secrétaire d’Etat en soulignant
qu’il ne s’agit en aucun cas de spéculations. Les
Etats-Unis présentent aujourd’hui des faits et des
conclusions fondées sur des efforts de renseignement sérieux
et ces informations ont été confirmées par les inspections.
De nombreuses sources, a-t-il poursuivi,
disent que les Iraquiens ne déplacent pas seulement des
documents et les disques durs des ordinateurs mais aussi des
armes de destruction massive. Les Etats-Unis disposent
aussi de photos satellites qui indiquent que du matériel
interdit a été récemment retiré d’un certain nombre
d’installations pour les armes de destruction massive. Le
Secrétaire d’Etat a étayé ces propos par la photo satellite
d’un dépôt d’armes chimiques et par une deuxième photo qui
montre que le site a été vidé avant l’arrivée des
inspecteurs. Ceci montre, a-t-il conclu, que les autorités
iraquiennes sont informées des inspections sauvages de
l’ONU. Les Etats-Unis savent que les inspecteurs opèrent
sous la surveillance constante des services de
renseignements iraquien. Les Etats-Unis peuvent prouver que
près de 30 sites ont ainsi été nettoyés avant l’arrivé des
inspecteurs. L’Iraq ne cache pas seulement ces armes, a
encore indiqué le Secrétaire d’Etat en soulignant que le
pays cache aussi les personnes les plus proches de son
programme d’armement. Selon lui, Saddam Hussein a
directement participé aux efforts visant à prévenir les
entretiens des inspections avec les scientifiques
iraquiens. Le Secrétaire d’Etat a par exemple fait état
d’un cas survenu au mois de décembre où les experts
iraquiens ont été remplacés par des agents des services de
renseignement pour tromper les inspecteurs.
Ce que nous voyons de la part de l’Iraq n’est
pas un manque de coopération mais une campagne délibérée
pour prévenir un travail d’inspection réel. Le Secrétaire
d’Etat a donc rappelé les termes de la résolution 1441 qui
stipule que les fausses déclarations, les omissions ou un
manquement de l’Iraq à respecter et à coopérer pleinement à
la mise en œuvre de la résolution constitue une autre
violation substantielle de ses obligations.
S’agissant des armes biologiques, M. Powell a
tenu à rappeler que l’UNSCOM avait mis quatre longues années
à obtenir de l’Iraq l’aveu selon lequel il disposait de
telles armes. Lorsque l’Iraq a reconnu en 1995 qu’il en
disposait, leur quantité était importante, a fait observer
M. Powell, avant de rappeler qu’une seule cuillère à café
d’anthrax sec dissimulé dans une enveloppe avait suffi à
faire fermer le Sénat américain à l’automne 2001 et tué deux
employés des services postaux. L’Iraq a déclaré qu’elle
avait à sa disposition 8 500 litres d’anthrax mais l’UNSCOM
estimait que Saddam Hussein avait pu en produire jusqu’à
25 000 litres, a-t-il dit. Cette quantité suffirait à
remplir des dizaines de milliers de cuillères à café
d’anthrax, a ajouté le Secrétaire d’État, et à ce jour,
Saddam Hussein n’a jamais fait la preuve de la destruction
de ces matériaux dangereux. Les autorités iraquiennes n’ont
jamais fait état de tous leurs agents biologiques de même
que des armes équipées de ces agents biologiques, a
poursuivi M. Powell, rappelant que M. Blix avait lui-même
reconnu que l’Iraq n’avait apporté aucune preuve évidente de
la destruction de ses stocks d’anthrax.
Depuis que l’Iraq a contraint les inspecteurs
de l’UNSCOM à quitter son territoire, en 1998, a-t-il dit,
de nombreuses informations ont été réunies par nos services
de renseignement et révèlent que la production d’armes
biologiques se poursuit, et il est avéré que l’Iraq dispose
de structures de production mobiles. Ce programme de
production mobile d’armes biologiques a débuté au milieu des
années 1990 mais n’a pu être identifié qu’en l’an 2000,
grâce notamment au témoignage d’un ingénieur présent
lorsqu’en 1998, une explosion d’agents biologiques a causé
la mort de 12 personnes. Cet ingénieur a indiqué que la
production commençait, à l’époque de la présence des
inspecteurs de l’UNSCOM, le jeudi soir car les autorités
iraquiennes étaient persuadées que les inspections
n’allaient pas avoir lieu le vendredi, jour de prière pour
les musulmans. Cet informateur se cache actuellement dans
un pays étranger car il est convaincu que le régime de
Saddam Hussein l’éliminera s’il est retrouvé.
Les informations de cet ingénieur concernant
l’existence de structures mobiles de production d’armes
biologiques ont été corroborées par d’autres sources,
notamment par des ingénieurs ou plus récemment par un
officier déserteur de l’armée iraquienne, a affirmé le
Secrétaire d’État, en illustrant ses propos par la
projection de photos de camions et de wagons qui servent
d’installations mobiles et de laboratoires de production
d’agents biologiques. L’Iraq dispose au minimum de sept de
ces installations mobiles de production d’agents biologiques
et environ 18 camions affectés à ces activités ont été
identifiés, a-t-il dit, faisant observer par la suite qu’il
est difficile pour les inspecteurs de distinguer ces camions
des milliers de ceux qui se déplacent chaque jour sur les
routes iraquiennes. Combien de temps faudra-t-il aux
inspecteurs pour trouver ces installations mobiles
sophistiquées si l’Iraq ne coopère pas, a-t-il demandé,
indiquant qu’en un mois, ces installations mobiles peuvent
produire des quantités d’anthrax, de ricin et d’autres
agents biologiques qui peuvent tuer des milliers de
personnes.
L’Iraq dispose d’un programme pour disperser
des agents biologiques dans l’eau et dans l’air, a-t-il dit,
faisant état de la modification de réservoirs de MigIG-21
ou d’avions sans pilote qui peuvent permettre à l’Iraq de
disperser jusqu’à 2 000 litres d’anthrax. Ces informations
ont été fournies en 1995 par un officier de l’armée
iraquienne, Mujahid Saleh Abdul Latif, et à ce jour, les
preuves de leur destruction n’ont jamais été fournies par
Bagdad, a-t-il dit.
S’agissant des armes chimiques, le Secrétaire
d’Etat a déclaré qu’aucun pays n’avait fait davantage usage
des armes chimiques depuis la Première Guerre mondiale que
l’Iraq. En reposant uniquement sur les 6 500 bombes qui
datent de la guerre Iran-Iraq, la CCVINU a évalué à 1 000
tonnes la quantité d’agents chimiques qu’elles contiennent,
a-t-il dit, sans compter les gaz moutarde. Nous n’avons
aucune preuve du fait que l’Iraq a détruit ces armes, a-t-il
dit, avant de rappeler qu’il a fallu de nombreuses années à
l’Iraq pour reconnaître qu’il avait produit quatre tonnes
d’agent VX. Or il suffit d’une goutte de cette substance
sur la peau pour tuer quelqu’un en l’espace de quelques
minutes mais malgré tout, l’Iraq continue de nier qu’il
dispose de l’agent VX à des fins militaires alors que le 27
janvier, les inspecteurs ont fait part au Conseil de
sécurité des obstacles posés par les autorités iraquiennes
sur cette question, a rappelé M. Powell.
Le Secrétaire d’État a poursuivi en assurant
que l’Iraq avait déployé tous les efforts pour réactiver ses
capacités de production d’agents chimiques en les confondant
avec des installations civiles. En mai 2002, a-t-il
précisé, nos satellites ont photographié des activités
douteuses sur le complexe chimique Al-Musayyib. A l’appui
de communications interceptées, nous avons pu identifier des
programmes de fabrications d’armes chimiques clandestines au
cours des trois dernières années, a-t-il dit. Il s’est
inquiété de la possibilité pour Saddam Hussein d’utiliser à
des fins de production militaire d’armes chimiques et
biologiques des laboratoires de stérilisation, des quantités
importantes de chlorure de thionyl, de sulfure de sodium, ou
d’autres composants pour des gaz moutarde. Alors pourquoi
donner le bénéfice du doute à l’Iraq, a demandé M. Powell,
faisant état d’une conversation téléphonique interceptée
entre deux officiers il y a quelques semaines dans laquelle
l’un d’entre eux demandait à son collègue de «supprimer
l’expression agent neurotoxique» dans chaque communication
transmise par radio. Il a fait état d’expériences réalisées
sur 1 600 prisonniers utilisés comme cobayes pour évaluer
l’impact sur les êtres humains des agents chimiques et
biologiques.
S’agissant les armes nucléaires, M. Powell a
déclaré qu’en 1991, Saddam Hussein disposait d’un vaste
programme illicite de production d’armes nucléaires et il a
mis en doute les assurances de l’Iraq selon lesquels ils ne
disposent plus d’un tel programme. En 1995, nous disposons
de preuves selon lesquelles Saddam Hussein avait envisagé un
programme nucléaire accéléré pour disposer d’une bombe
nucléaire. Depuis 1998, ils ont travaillé sur la
fabrication de matière fissile, à savoir l’uranium enrichi,
et il a fait état de l’acquisition des tubes d’aluminium
importés qui peuvent être utilisés comme centrifugeuses pour
enrichir l’uranium. Et non pour produire des roquettes et
des armes conventionnelles, a-t-il fait remarquer. L’achat
de tels tubes était interdit à l’Iraq et les tubes saisis
dans certains lots laissent apparaître des spécifications de
plus en plus exigeantes, notamment un revêtement anodisé.
En 1999 et 2002, des officiels iraquiens ont engagé des
négociations pour acheter à des usines basées en Roumanie,
en Inde, en Russie et en Slovénie une capacité de production
d’aimants pesant de 20 à 30 grammes, soit exactement le
poids des aimants utilisés dans les centrifugeuses
iraquiennes avant 1991. Cet élément démontre que l’Iraq est
toujours déterminé à disposer de l’arme nucléaire, a dit M.
Powell, avant d’ajouter que le régime de Saddam Hussein
avait, au cours des 18 derniers mois, contacté de nombreux
scientifiques nucléaires appelées «mudjahidines du
nucléaire».
Le Secrétaire d’Etat a ensuite rappelé
qu’avant la guerre du Golfe, l’objectif de Saddam Hussein
était de disposer de missiles à longue portée, capables de
parcourir des milliers de kilomètres afin d’attaquer non
seulement ses voisins mais également des nations bien plus
éloignées. Bien que les inspecteurs aient détruit la
plupart des missiles balistiques, de nombreuses sources de
renseignement ont au cours de la dernière décennie indiqué
que Saddam Hussein disposait d’une force composée de
plusieurs dizaines de missiles balistiques, une variante des
missiles Scud qui ont une capacité de 650-900 kilomètres.
Nous savons de nos sources de renseignement et de l’aveu
même de l’Iraq que les missiles Al-Samoud 2 et El Fatah
violent les limites fixées à 150 kilomètres par le Conseil
de sécurité dans sa résolution 687.
La CCVINU a également indiqué que l’Iraq
avait importé illégalement des lance-roquettes 380 SA-2 qui
sont certainement destinés à entrer dans la composition des
missiles Al-Samoud 2. Leur importation est illégale à
plusieurs égards. La résolution 687 interdit en effet toute
fourniture de matériel militaire à l’Iraq. L’UNSCOM a
interdit spécifiquement l’utilisation de ces moteurs dans la
fabrication de missiles sol-sol. De plus, ces
lance-roquettes doivent entrer dans la composition de
missiles dont la portée va au-delà des 150 kilomètres. Pire
encore, ces lance-roquettes ont été acquis jusqu’en
décembre, après que le Conseil a adopté la résolution 1441.
Il faut également que vous sachiez que l’Iraq
dispose d’un programme de production de missiles balistiques
de portée intercontinentale. Un de ces programmes porte sur
le développement de missiles d’une portée de plus de 1 200
kilomètres. Dans ce cadre, l’Iraq a mis au point un banc
d’essai, le plus important jamais construit dans la mesure
où il est conçu pour des missiles d’une portée de 1 200
kilomètres. Saddam Hussein n’a jamais changé d’intention.
Il ne met pas au point ce type de missiles dans un souci de
légitime défense mais plutôt pour exercer son pouvoir, pour
menacer et lancer des missiles équipés de têtes chimiques et
biologiques et si nous le laissons faire, des missiles
chargés de têtes nucléaires.
L’Iraq travaille également depuis longtemps à
la mise au point d’aéronefs sans pilote, notamment en
tentant de modifier les MIG-21 et en modifiant avec plus de
succès un avion appelé L-29. L’Iraq aujourd’hui s’efforce
de mettre au point des avions sans pilote de petite taille,
tels que ceux que nous vous montrons sur cette photo. Ces
avions sont tout à fait indiqués pour propager des agents
chimiques et biologiques. Par de nombreuses sources, nous
savons que l’Iraq a déployé des efforts considérables pour
la mise au point de vaporisateurs qui peuvent être adaptés à
ces avions sans pilote. Selon la Déclaration de l’Iraq
faite le 7 décembre, ces aéronefs sans pilote ont une
capacité de vol de seulement 80 kilomètres. Nous avons
toutefois détecté un essai de vol au cours duquel, un avion
sans pilote a parcouru plus de 500 kilomètres. Non
seulement l’avion est allé au-delà des 150 kilomètres mais
ce vol ne faisait pas partie de la déclaration iraquienne du
7 décembre. Le lien entre le programme iraquien d’avions
sans pilote et les agents biologiques et chimiques
constituent une source de préoccupation importante pour les
Etats-Unis au cours de la dernière décennie. L’Iraq
pourrait utiliser ces petits avions dont l’envergure est de
quelques mètres pour déverser des armes chimiques et
biologiques sur ses voisins et voire même sur des pays comme
les Etats-Unis.
Je viens de vous présenter des informations
sur le programme d’armement clandestin de Saddam Hussein
ainsi que sur les tentatives de le camoufler. Mais ce qui
nous préoccupe porte également sur le lien entre ce
programme d’armement et les terroristes. Les liens entre le
terrorisme et l’Iraq remontent à plusieurs décennies.
Bagdad a formé le Front de libération de la Palestine pour
le maniement d’explosifs et d’armes de petit calibre.
Saddam Hussein a également utilisé le Front de libération de
la Palestine pour acheminer de l’argent aux familles des
kamikazes palestiniens afin de prolonger l’Intifada. Il
n’est un secret pour personne que les services secrets de
Saddam Hussein sont impliqués dans de nombreuses tentatives
d’assassinat dans les années 90.
Je veux plus particulièrement attirer votre
attention sur le lien entre l’Iraq et le réseau terroriste
de Al-Qaida. L’Iraq aujourd’hui abrite un réseau de
terroristes dangereux mené par Abu Musab Al-Zarqawi, un
associé et un collaborateur de Oussama Ben Laden. Zarqawi,
un Palestinien né en Jordanie, s’est engagé lors de la
guerre en Afghanistan il y a plus d’une décennie. De retour
en Afghanistan en 2000, il supervisait un camp
d’entraînement dont l’une des spécialités était
l’utilisation de toxines. Lorsque notre coalition a chassé
les Taliban, le réseau Zarqawi a contribué à installer un
autre camp d’entraînement pour le maniement et la
fabrication de toxines, en particulier le ricin, ainsi que
des explosifs dans le nord-est de l’Iraq.
Bagdad dispose également d’un lieutenant au
plus haut niveau hiérarchique au sein de l’organisation
radicale Ansar Al-Islam qui contrôle le nord-est de l’Iraq.
En 2000, cet agent iraquien a offert protection à Al-Qaida
dans cette région. Certains des membres d’Al-Qaida ont
accepté cette offre et ils s’y trouvent aujourd’hui. Les
activités de Zarqawi ne sont pas limitées à cette région
mais il s’est rendu en mai 2002 à Bagdad pour y être soigné
et il y est resté deux mois. Lors de son séjour, près d’une
vingtaine d’extrémistes y ont établi une base
opérationnelle. Ils coordonnent les mouvements d’argent et
de personnes dans la capitale iraquienne depuis huit mois
maintenant. Nous savons que ces agents sont en contact avec
Zarqawi car ils sont en contact avec l’un des ses
lieutenants. A partir de ce réseau de terroristes en Iraq,
Zarqawi peut diriger son réseau au Moyen-Orient et au-delà.
Nous, aux Etats-Unis, avons perdu en Jordanie un ami cher en
la personne de Lawrence Foley. L’assassin a avoué recevoir
de l’argent et des armes de Zarqawi pour ce meurtre. Les
allégations de l’Iraq selon lesquelles le Gouvernement
iraquien ignore tout des déplacements de Zarqawi ne sont pas
plausibles. Nos démarches visant l’extradition de Zarqawi
n’ont rien donné. Celui-ci est toujours libre.
Le terrorisme de Zarqawi n’est pas confiné au
Moyen-Orient. Son réseau a organisé des tentatives
d’attentat en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie,
en Allemagne et en Russie. Selon des prisonniers, Abu Atiya,
un lieutenant de Zarqawi, a ordonné en 2001 à neuf
terroristes d’Afrique du nord de mener des attaques aux
toxines et à l’explosif. Des membres de ce réseau ont été
arrêtés en France, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie.
Au total, 116 agents terroristes impliqués dans ce réseau
ont été arrêtés.
Nous savons que les membres des services de
renseignement iraquiens et des membres du réseau Al-Qaida se
sont rencontrés à plusieurs reprises. A un niveau élevé,
ils se sont rencontrés au moins huit fois depuis le début
des années 90. Un prisonnier appartenant au réseau Al-Qaida
nous a dit que Saddam Hussein est davantage disposé à aider
Al-Qaida après les attentats en 1998 de nos Ambassades du
Kenya et de la République-Unie de Tanzanie qui l’ont
impressionné tout comme l’a impressionné l’attaque contre le
USS Cole en 2000. Des Iraquiens continuent de rendre visite
à Ben Laden installé dans sa nouvelle maison en
Afghanistan. Le lien entre Bagdad et les autres
organisations terroristes est clair. En 1999, par exemple,
le Hamas a ouvert un Bureau à Bagdad.
Al-Qaida est fortement intéressée par
l’acquisition d’armes de destruction massive. Selon un des
membres d’Al-Qaida responsable d’un des camps
d’entraînement, Abdullah Al-Iraqi, Al-Qaida a cherché une
aide extérieure pour la production d’agents chimiques et
biologiques et elle s’est tournée vers l’Iraq pour obtenir
cette aide. L’Iraq a proposé de dispenser une formation à
deux membres d’Al-Qaida en décembre 2000 et cette relation a
été caractérisée par Al-Iraqi comme un grand succès.
Je voudrais également mettre en lumière le
mépris de Saddam Hussein pour la vie humaine comme le montre
l’utilisation du gaz moutarde et du gaz neurologique contre
la population kurde, tuant en 1988 5 000 hommes, femmes et
enfants. Il a également mené des opérations de nettoyage
ethnique à l’encontre de certaines minorités. Saddam
Hussein a également envahi ses voisins, notamment l’Iran et
le Koweït. Il est clair que Saddam Hussein et son régime ne
s’arrêteront pas en chemin si nous ne les arrêtons pas
nous-mêmes.
Les Etats-Unis ne prendront pas le risque et
ne peuvent pas prendre le risque de laisser Saddam Hussein
en possession de ces armes de destruction massive. Au cours
des trois derniers mois, ce Conseil a reconnu que l’Iraq
continue de constituer une menace à la paix et à la sécurité
internationales et que l’Iraq est en violation de ses
obligations en matière de désarmement.
M. TANG JIAXUAN, Ministre des affaires
étrangères de la Chine, a souligné que la présence de
Ministres des affaires étrangères montre l’importance que
toutes les parties attachent à l’autorité et au rôle du
Conseil de sécurité. L’unité et la coopération que le
Conseil a su montrer est l’élément crucial d’un règlement
approprié de la question iraquienne, a estimé le Ministre
des affaires étrangères. Se félicitant de l’initiative des
Etats-Unis de fournir aux Nations Unies des informations et
des preuves sur les armes de destruction massive en Iraq, le
Ministre des affaires étrangères a souligné qu’une telle
initiative est conforme à l’esprit de la résolution 1441 et
qu’elle est propre à accroître la transparence. Dans ce
cadre, il a rappelé les propos la CCVINU et de l’AIEA sur
leur incapacité à tirer dès à présent les enseignements de
leur travail. Nous devons, a estimé le Ministre, respecter
la demande que les deux agences ont faite de poursuivre
leurs inspections. A cet égard, il a appelé l’Iraq à
adopter une approche de coopération, à fournir aussi vite
que possible les explications et les éclaircissements
demandés et à coopérer avec le processus d’inspections.
Soulignant l’importance d’une mise en œuvre
complète de la résolution 1441, le Ministre des affaires
étrangères a souligné qu’il revient au Conseil, par le biais
de consultations, de décider des mesures supplémentaires à
prendre et ce sur la base des résultats des inspections. Le
Ministre a conclu en attirant l’attention du Conseil sur le
souhait universel de la communauté internationale de trouver
une solution politique à la question iraquienne, dans le
cadre des Nations Unies. Tant qu’il y aura le moindre
espoir en ce sens, le Conseil ne doit épargner aucun effort
pour trouver ce règlement politique.
M. JACK STRAW, Ministre des affaires
étrangères et des affaires du Commonwealth du Royaume-Uni,
a remercié le Secrétaire d’État américain pour les preuves
qu’il a apportées concernant les tromperies de Saddam
Hussein, et ce, trois mois après l’adoption de la résolution
1441. Avec humilité et détermination, nous avons donné à
l’Iraq une dernière chance de se débarrasser de ses armes de
destruction massive et de ses agents chimiques et
biologiques, a-t-il dit. Mais cela supposait la coopération
pleine et active de l’Iraq car les inspecteurs ne peuvent à
eux seuls trouver ces armes de destruction massive si l’Iraq
ne leur les montre pas. Saddam Hussein met en doute la
détermination de la communauté internationale et ne croit
pas que nous soyons capables d’aller jusqu’au bout, a-t-il
poursuivi, rappelant les dispositions des paragraphes 1 et 4
de la résolution 1441.
Estimant ensuite que le document soumis par
l’Iraq en décembre dernier constitue une fausse déclaration,
il a réaffirmé, au regard de la présentation du Secrétaire
d’Etat Powell, que de dire que l’Iraq ne dispose pas d’armes
de destruction massive est un mensonge. Dans le cas où
l’Iraq ne respecterait pas la résolution 1441, ce texte
prévoit des mesures très claires, a-t-il dit. Or l’Iraq n’a
aucunement l’intention de s’engager dans la voie du
désarmement pacifique contrairement aux options que lui
laissait la résolution 1441.
M. Straw, prenant appui sur la présentation
du Secrétaire d’État Powell et sur la déclaration du 27
janvier devant le Conseil de sécurité du Président exécutif
de la CCVINU, M. Hans Blix, a jugé que le travail
d’inspection doit se poursuivre mais que dans le cas où
l’Iraq continuerait de ne pas respecter les dispositions de
la résolution 1441, le Conseil de sécurité devrait prendre
ses responsabilités. Il a mis en garde contre les risques
de plus en plus réels de voir les terroristes se fournir en
agents chimiques et biologiques grâce à l’Iraq et a pris
l’exemple de la ricin saisie récemment à Londres. Si l’Iraq
continue de ne pas coopérer avec les inspecteurs et le
Conseil de sécurité au-delà du prochain rapport du 14
février, alors le Conseil de sécurité devra prendre ses
responsabilités. Les Nations Unies doivent procéder à un
choix, a-t-il dit, rappelant que la Société des Nations,
ancêtre des Nations Unies, avait échoué pour n’avoir pas su
joindre la parole et les actes.
M. IGOR S. IVANOV, Ministre des affaires
étrangères de la Fédération de Russie, a estimé que le
déploiement des inspecteurs en Iraq a été la preuve de la
capacité de la communauté internationale à agir de concert
dans l’intérêt d’un objectif commun. Le maintien de l’unité
au sein du Conseil et des actions concertées, dans le
respect de la Charte et des résolutions du Conseil,
constituant la voie la plus fiable pour résoudre le problème
en Iraq par la voie politique. C’est avec une attention
soutenue que nous avons écouté la présentation de Colin
Powell. Nous estimons que le Conseil doit disposer de
toutes les informations nécessaires pour donner une réponse
à la question qui est de savoir s’il subsiste des armes en
Iraq ou pas. Les informations communiquées aujourd’hui
exigent d’être étudiées avec le plus grand soin par nos
experts. Le plus important est de faire en sorte que ces
informations soient transmises à l’AIEA et la CCVINU pour
qu’elles soient traitées et qu’elles donnent lieu à des
inspections sur le terrain. Bagdad doit également fournir
des réponses aux questions posées par Colin Powell. Nous
lançons un appel à tous les Etats pour qu’ils transmettent
aux inspecteurs toute information qui pourrait leur
permettre de s’acquitter de leur mandat.
Les informations présentées aujourd’hui
confirment que les activités des inspecteurs doivent se
poursuivre car seuls ces derniers peuvent indiquer si l’Iraq
ou non respecte les décisions du Conseil de sécurité. Les
interventions de M. Blix et M. El Baradei le 27 janvier ont
montré qu’un mécanisme unique d’inspection est en place en
Iraq. Ce mécanisme puissant doit être pleinement utilisé et
bénéficier de l’entier soutien des Etats membres. Pour
notre part, nous sommes prêts à fournir un avion de
surveillance aérienne et à dépêcher des inspecteurs
supplémentaires. Ce mécanisme de surveillance doit
également revêtir un caractère plus systématique. Il est
clair que les travaux de la CCVINU et de l’AIEA ne peuvent
être efficaces que si l’Iraq coopère. C’est la seule façon
de s’acheminer vers un règlement politique et vers la levée
des sanctions. Bagdad doit tout mettre en œuvre pour que
les inspecteurs internationaux achèvent leur mandat. La
résolution 1441 vise l’obtention le plus rapidement possible
de résultats sans pour autant fixer de délai. Seuls les
inspecteurs sont en mesure de le faire. On ne peut pas
exclure que le Conseil doive adopter une autre voie même
d’autres résolutions à l’avenir.
La situation en Iraq n’est pas le seul
problème. La mise en place d’une coalition pour lutter
contre le terrorisme international en est une preuve
éclatante. Nous amorçons un chemin qui sera long et
difficile. L’unité du Conseil de sécurité doit rester
l’élément central de toutes nos approches même s’il y existe
des divergences tactiques.
M. FRANÇOIS-XAVIER NGOUBEYOU, Ministre d’Etat
chargé des relations extérieures du Cameroun, a qualifié
de troublants les renseignements et informations présentés
par le Secrétaire d’Etat américain Colin Powell. Entre ceux
qui prônent le refus du recours aux armes et ceux, de plus
en plus nombreux du fait du manque de coopération des
autorités iraquiennes, qui militent pour une solution
militaire, le Cameroun recommande la poursuite et la mise en
oeuvre d’actions vigoureuses, pour amener les autorités
iraquiennes à se conformer à l’esprit et à la lettre de la
résolution 1441 et, à coopérer pleinement avec les équipes
d’inspection. Mon pays, a-t-il ajouté, voudrait surtout
retenir que, pour les États-Unis, comme pour le reste de la
communauté internationale, la guerre n’est pas inévitable.
Il a souhaité que l’on respecte le rôle dévolu au Conseil de
sécurité en matière de maintien de la paix et de la sécurité
internationales et que l’on donne plus de temps aux
inspecteurs pour exploiter, recouper et vérifier les
éléments d’informations présentés aujourd’hui.
Le Ministre camerounais a exhorté les
autorités iraquiennes à faire preuve d’une coopération
pleine et active avec la CCVINU et l’AIEA, ajoutant que
parce que l’Iraq a, hier, violé de nombreuses résolutions du
Conseil de sécurité, c’est à lui, aujourd’hui de faire la
preuve de son respect. C’est à l’Iraq de déclarer l’état de
son infrastructure militaro-industrielle, et aux inspecteurs
d’en vérifier la ténacité. Il a appelé les pays qui
détiendraient des informations sur la présence éventuelle en
Iraq d’armes de destruction massive, à suivre l’exemple des
Etats-Unis, et à fournir ces renseignements au Conseil de
sécurité pour examen. Par ailleurs, M. Ngoubeyou s’est
félicité du départ à Bagdad, dès le 8 février prochain, de
MM. Blix et El Baradei. En conclusion, il s’est demandé si
l’heure n’était pas venue pour le Conseil de sécurité, de
prier le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, Prix
Nobel de la Paix, de se rendre en Iraq, pour s’entretenir
avec le Président Saddam Hussein, des voies et moyens à
mettre en œuvre pour régler cette question de manière
pacifique.
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, Ministre des
affaires étrangères de la France, a estimé que les
Etats-Unis ont présenté des informations, des indices, des
questions qui méritent d’être approfondis. Il appartiendra,
a-t-il souligné, aux inspecteurs de l’ONU d’apprécier les
faits comme cela est prévu dans la résolution 1441. En
adoptant cette résolution à l’unanimité, a poursuivi M. de
Villepin, le Conseil a choisi d’agir par la voie des
inspections avec une politique reposant sur trois points
fondamentaux, à savoir le désarmement de l’Iraq, un
dispositif d’inspection rigoureux exigeant une coopération
active de l’Iraq et l’exigence de l’unité du Conseil.
Passant en revue les progrès importants effectués par la
CCVINU et l’AIEA, le Ministre français des affaires
étrangères a néanmoins reconnu avec eux que la coopération
de l’Iraq comporte des zones d’ombre. C’est donc une
démarche exigeante, ancrée dans la résolution 1441, que le
Conseil doit mener, a-t-il estimé.
Si cette option doit échouer et conduire à
l’impasse, alors nous n’excluons aucune option, y compris en
dernière extrémité le recours à la force, a-t-il déclaré.
Mais, a-t-il ajouté, dans une telle hypothèse des réponses
claires doivent être apportées sur la nature et l’ampleur de
la menace qui justifie le recours à la force et sur la
maîtrise des risques considérables d’une telle
intervention. En tout état de cause, les Nations Unies
devront être au cœur de l’action pour garantir l’unité de
l’Iraq, assurer la stabilité de la région, protéger les
populations civiles et préserver l’unité de la communauté
internationale.
Pour le Ministre, il convient surtout de
renforcer la voie des inspections privilégiée par la
résolution 1441. Pourquoi, s’est –il interrogé, aller à la
guerre s’il existe encore un espace non utilisé dans la
résolution 1441. Entre l’intervention militaire et un
régime d’inspections insuffisant en raison d’un défaut de
coopération de l’Iraq, il faut choisir un renforcement
décisif des moyens d’inspection, a estimé le Ministre.
Il a donc proposé, le doublement ou le
triplement du nombre des inspecteurs et l’ouverture de
nouveaux bureaux régionaux; la mise en place d’un corps
spécialisé chargé de maintenir sous surveillance les sites
et les zones déjà contrôlées, et le renforcement sensible
des capacités d’observation et de collecte d’information sur
le territoire. Il a aussi proposé la création d’un centre
de coordination et de traitement des informations qui
fournirait en temps réel et de manière coordonnée à la
CCVINU et à l’AIEA toutes les ressources en matière de
renseignement dont ils pourraient avoir besoin. Au titre
des propositions, le Ministre a aussi cité le recensement et
la hiérarchisation des questions de désarmement non résolues
et l’élaboration d’un échéancier exigeant et réaliste pour
avancer dans l’évaluation et l’élimination des problèmes.
Ce dispositif renforcé d’inspection et de
surveillance, pourrait être utilement complété par un
coordonnateur permanent des Nations Unies pour le
désarmement de l’Iraq travaillant sous l’autorité de la
CCVINU et de l’AIEA. Le Ministre a appelé à coopérer
activement, à satisfaire sans délai aux exigences de ces
deux agences, et à fournir aux inspecteurs des réponses aux
éléments nouveaux présentés aujourd’hui par les Etats-Unis.
Notre devoir moral et politique est d’abord de consacrer
toute notre énergie à un désarmement de l’Iraq dans la paix,
le respect de la règle de droit et de la justice. La
conviction de la France est que nous pouvons réussir sur ce
chemin exigeant dès lors que nous restons unis et
solidaires, a conclu le Ministre des affaires étrangères.
M. LUIS ERNESTO DERBEZ, Ministre des
affaires étrangères du Mexique, a estimé que les
informations fournies par le Secrétaire d’État américain
éclairent le Conseil de sécurité quant aux mesures à prendre
pour s’assurer que l’Iraq se conforme aux dispositions des
résolutions pertinentes. Il a réaffirmé la nécessité de
voir progresser le processus d’élimination des armes de
destruction massive et des installations servant à les
fabriquer. La position du Mexique au sein de ce Conseil de
sécurité a toujours été d’encourager le désarmement de
l’Iraq par les moyens les plus efficaces et les plus
pacifiques, a rappelé le Ministre, et en s’assurant qu’ils
n’entraîneraient pas de souffrances humaines supplémentaires
et n’hypothèqueraient pas les efforts internationaux de
lutte contre le terrorisme. Il a rappelé que son
Gouvernement avait déployé des efforts directs auprès des
autorités iraquiennes pour les encourager à coopérer sans
délai avec les inspecteurs.
Le Ministre s’est déclaré convaincu du fait
que les inspections en cours sont le moyen le plus efficace
de détecter et de détruire les armes de destruction massive
en Iraq et d’en vérifier l’élimination. Il a par conséquent
proposé leur intensification et leur renforcement, insistant
aussi sur la nécessité pour les membres du Conseil de
sécurité de coopérer pleinement à ces activités d’inspection
en fournissant des informations aux équipes de la CCVINU et
de l’AIEA. Aussi a-t-il salué la contribution positive des
Etats-Unis par leur présentation de ce matin. Il a
encouragé la poursuite de la coopération multilatérale au
sein du Conseil de sécurité.
M. SOLOMON PASSY, Ministre des affaires
étrangères de la Bulgarie, a déclaré que le fait que le
Secrétaire d’Etat américain a choisi de faire cette
présentation au sein du Conseil de sécurité renforce le rôle
central de cet organe et nous soutenons cette approche. Les
preuves éclatantes présentées ce matin par Colin Powell
jettent une nouvelle lumière sur les réalités en Iraq pour
ce qui est de la mise en œuvre de la résolution 1441 et des
autres résolutions du Conseil de sécurité. Je souhaite que
cette présentation ait le même pouvoir de mobilisation de la
communauté internationale que l’adoption de la résolution
1441. La coopération active des autorités iraqiennes est
une condition préalable à la pleine mise en œuvre de la
résolution 1441. Malheureusement, la coopération iraquienne
n’a pas été satisfaisante et nous insistons pour que l’Iraq
fournisse des informations supplémentaires confirmant la
destruction d’armes de destruction massive. Il est de la
plus grande importance que l’Iraq fournisse immédiatement et
sans condition des preuves claires montrant un changement
d’attitude, passant d’une coopération passive à une
coopération active avec les inspecteurs. Jusqu'à présent,
l’Iraq est en violation de ses obligations en vertu des
résolutions du Conseil de sécurité et plus particulièrement
de la résolution 1441.
M. KHURSHID M. KASURI, Ministre des
affaires étrangères du Pakistan, a souligné que les
propos tenus le 27 janvier par les Chefs de la CCVINU et de
l’AIEA n’étaient en rien des conclusions. Le Conseil,
a-t-il dit, doit attendre le prochain rapport des
inspecteurs pour fonder son jugement sur la mise en œuvre de
la résolution 1441 par l’Iraq. Tout en reconnaissant le
droit de la communauté internationale à obliger l’Iraq à se
conformer le plus tôt possible aux résolutions pertinentes
du Conseil, le Ministre pakistanais des affaires étrangères
a estimé qu’en tant qu’organe responsable du maintien de la
paix et de la sécurité internationales, le Conseil ne doit
pas passer outre les autres éléments liés à la sécurité. Il
a cité notamment l’amélioration des conditions de vie du
peuple iraquien, le maintien de l’unité et de l’intégrité
territoriale de l’Iraq et la préservation de la stabilité
politique et économique de la région.
Il a souligné qu’à travers le monde, les
docteurs de loi musulmans sont profondément préoccupés par
l’éclatement d’une guerre et par ses conséquences non
seulement pour le peuple iraquien mais aussi pour la
stabilité future des pays musulmans. Le Ministre des
affaires étrangères a donc réitéré les principes chers à son
pays, à savoir le règlement pacifique des différends, la
pleine mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité,
la promotion du bien-être des peuples et la préservation de
la paix et de la stabilité internationales.
Mme ANA PALACIO, Ministre des affaires étrangères de
l’Espagne, a déclaré que la présentation du Secrétaire
d’État américain, Colin Powell, contenait des éléments
importants pour le Conseil de sécurité et traduit bien la
volonté des Etats-Unis d’agir par le biais des Nations
Unies. L’Iraq trompe la communauté internationale, ne
coopère pas avec les inspections et viole ses obligations en
vertu de la résolution 1441. La Ministre s’est inquiétée
des liens étroits entre l’Iraq et le terrorisme et a jugé
que la communauté internationale ne pouvait en aucun cas
prendre le risque de voir les terroristes se doter d’armes
de destruction massive ou d’armes chimiques et biologiques.
Cela risque de compromettre les efforts internationaux dans
le domaine de la non
-prolifération et du désarmement, a-t-elle mis en
garde. Les inspections ne sont qu’un moyen de vérification
pour s’assurer que l’Iraq procède au désarmement et à ce
jour, force est de constater que l’Iraq refuse de
collaborer.
En donnant davantage de temps au régime de
Saddam Hussein, on prend la responsabilité de lui donner
autant de temps pour poursuivre ses activités. Les
inspecteurs ne sont pas des détectives, a-t-elle observé, et
manifestement le régime de Saddam Hussein n’est pas prêt à
s’acquitter de ses obligations et ce n’est pas
l’augmentation du nombre d’inspecteurs qui changera cette
donne. La crédibilité du Conseil de sécurité est en jeu
dans la mesure où le régime de Saddam Hussein défie ses
résolutions depuis 12 ans et nous devons adresser un message
clair et ferme au régime iraquien, a dit Mme Palacio. Mon
Gouvernement est d’avis que si le Gouvernement iraquien
continue de ne pas s’acquitter de ses obligations, il devra
accepter les conséquences graves découlant de la résolution
1441. La communauté internationale offre à Saddam Hussein
la dernière chance de réagir et de procéder au désarmement:
c’est à lui d’assumer ses responsabilités, a conclu Mme
Palacio.
Mme SOLEDAD ALVEAR VELENSUELA, Ministre
des affaires étrangères du Chili, a fait part de sa
préoccupation face aux informations graves présentées
aujourd’hui, ce qui montre que l’Iraq refuse
systématiquement de répondre aux attentes de la communauté
internationale. Il est indispensable pour l’Iraq de
garantir le respect plein et entier des résolutions du
Conseil de sécurité, car un tel refus,
a fait remarquer la Ministre
, reflète la nature totalitaire de ce régime qui
opprime son peuple depuis de longues années. Il faut
poursuivre les inspections qui ne pourront conduire à la
paix que si le régime iraquien collabore avec les
inspecteurs. Le Chef de la CCVINU a pour tache de faire
savoir immédiatement au Conseil toute ingérence de l’Iraq
dans les activités d’inspection ainsi que tout manquement à
ses obligations. La capacité de décision du Conseil sera
renforcée si les inspections sont menées rapidement. Il
faut exiger de l’Iraq qu’il fournisse des informations sans
tergiversations pour déterminer comment mener dans le futur
de telles inspections. Les informations présentées par le
Secrétaire d’Etat américain exigent une réponse immédiate de
l’Iraq. Le Chili, a tenu à préciser la Ministre, appuie
l’idée d’une gestion multilatérale de la crise. Nous devons
élaborer une position commune qui nous permettra d’atteindre
nos objectifs du désarmement en Iraq.
La Ministre chilienne des affaires étrangères
s’est dite préoccupée par les conséquences que l’abandon des
efforts diplomatiques pourrait avoir sur les peuples de la
région, et en particulier sur le peuple iraquien. Ceux qui
seront les plus durement touchés ne seront pas les
dirigeants mais la population civile iraquienne. C’est
pourquoi, le Chili lance un appel à l’Iraq pour qu’il
considère à nouveau ses responsabilités.
M. GEORGES REBELO CHIKOTI, Vice-Ministre
des affaires étrangères de l’Angola, a également
remercié le Secrétaire d’État américain pour les éléments
importants exposés ce matin. Il a salué l’initiative du
Président Bush de partager les informations probantes
disponibles au sein de l’administration américaine avec les
autres membres du Conseil de sécurité. Le dossier iraquien
est à l’ordre du jour du Conseil depuis vingt ans, a-t-il
fait observer, rappelant que son pays avait condamné la
guerre contre l’Iran, puis l’invasion du Koweït, et enfin
les risques sérieux de voir l’Iraq disposer d’armes de
destruction massive. Il a qualifié la présentation de M.
Powell de contribution significative pour encourager le
Conseil de sécurité à faire preuve d’un plus grand sens des
responsabilités.
Les dispositions de la résolution 1441 ont
prévu la reprise du processus d’inspection dont les
résultats sont jugés positifs par l’Angola. Il a estimé, à
l’instar de MM. Blix et El Baradei, que la coopération
iraquienne a été cruciale au départ s’agissant des questions
pratiques, mais a ajouté que le Conseil de sécurité a
désormais besoin d’une réponse claire et sans ambiguïté de
la part de l’Iraq quant à sa volonté de procéder à
l’élimination de ses armes de destruction massive et des
installations de production. Si les inspections
fonctionnent, a-t-il poursuivi, elles peuvent servir de
point de départ aux Nations Unies dans la mise en œuvre de
mesures pacifiques et préventives pouvant éviter le recours
à la force. C’est pourquoi M. Chikoti a invité l’Iraq à
coopérer pleinement, arguant du fait qu’un monde débarrassé
des armes de destruction massive est une garantie pour la
paix et la sécurité internationales comme l’ont établi les
États africains dans le Traité de Pelindaba. Il a jugé
qu’une solution pacifique pouvait être trouvée, rappelant
que son pays est l’exemple vivant des ravages que peut
causer une guerre, et a prôné le maintien de l’unité du
Conseil de sécurité sur la question iraquienne. Il a cité
ensuite les conclusions du dernier Sommet de l’Union
africaine tenu cette semaine à Addis-Abeba et qui mettait en
garde contre les risques de guerre. La guerre, ce serait
l’échec de notre système multilatéral, a dit M. Chikoti,
recommandant une approche multilatérale dont l’objectif, à
terme est le désarmement pacifique de l’Iraq.
M. MIKHAIL WEHBE (République arabe
syrienne), faisant lecture du message du Ministre des
affaires étrangères de la République arabe syrienne, a
estimé que pour être en mesure de tirer des conclusions à la
suite de la présentation du Secrétaire d’Etat américain, il
convenait en premier lieu de présenter ces informations à la
CCVINU et l’AIEA. Nous invitons également tous les Etats
Membres à fournir les renseignements dont ils disposent aux
inspecteurs pour que ces derniers en évaluent l’exactitude.
La Syrie s’est jointe au consensus lors de l’adoption de la
résolution 1441 après que les membres du Conseil lui aient
donné des garanties sur le règlement pacifique de la crise.
Les membres du Conseil ont également garanti que cette
résolution ne sera pas exploitée pour mener la guerre à
l’encontre de l’Iraq.
Deux mois après l’adoption de la résolution
1441 et après la reprise des inspections, notre région se
trouve désormais à la croisée des chemins entre la paix et
la guerre. L’option de la guerre reflèterait notre échec
total à mettre en œuvre la résolution 1441. La Syrie estime
que l’option de la guerre marquerait l’échec du système
international à respecter ses obligations de maintenir la
paix et la sécurité dans le monde. M. Wehbe s’est dit
convaincu qu’il est encore possible de parvenir à un
règlement pacifique de cette crise, ce qui épargnerait la
vie de milliers de victimes innocentes en Iraq.
Comment peut-on envisager de faire la guerre
à l’Iraq qui ne menace plus ses voisins à un moment où
Israël continue d’occuper des territoires syriens, libanais
et palestiniens? Nous nous demandons si les obstacles
mentionnés ce matin sont insurmontables et s’ils constituent
une raison acceptable de faire la guerre. Il faut que d’une
part l’Iraq et d’autre part les inspecteurs s’entendent sur
un dénominateur commun de confiance et contribuent ainsi à
la protection de toutes les parties concernées. Les
inspecteurs doivent s’engager à mener leur mandat de façon
objective dans le respect de la population locale. Nous
signalons que l’Iraq s’est engagé à poursuivre sa
coopération avec les inspecteurs. Le Conseil doit pour sa
part prendre les mesures nécessaires à la levée des
sanctions et faire de la région du Moyen-Orient une région
exempte d’armes de destruction massive qu’Israël est le seul
à posséder. L’Iraq ne constitue pas une menace pour ses
voisins. Nous sommes en mesure de parvenir à la paix avec
de la bonne foi et de la volonté politique.
M. MAMADY TRAORÉ (Guinée) a espéré que
d’autres Etats emboîteront le pas aux Etats-Unis en mettant
à la disposition des inspecteurs les informations qu’ils
détiennent. Tout en notant des progrès réalisés sur le
terrain après deux mois d’inspections sur plus de 200 sites,
y compris des sites présidentiels et des résidences privées,
a estimé qu’il reste encore du chemin à parcourir s’agissant
des questions de fond. Il a regretté que de nombreuses
questions persistent dans les domaines biologique, chimique
et balistique. Il a tout particulièrement relevé le
caractère inadéquat de la déclaration iraquienne du 7
décembre 2002 et regretté que les entrevues scientifiques ne
se déroulent pas à la satisfaction des inspecteurs
Dans ce contexte, il a appelé l’Iraq à
apporter des réponses précises aux nombreuses questions
restées en suspens, en formant le vœu que la promesse d’une
meilleure coopération faite le 20 janvier dernier se
traduise en actes concrets, vérifiables et durables. Car,
a-t-il ajouté, la communauté internationale, édifiée par les
atermoiements du passé, ne peut se contenter de paroles.
M. Traoré, a formé l’espoir que la perspective de la levée
des sanctions puisse encourager l’Iraq à coopérer pleinement
avec les inspecteurs en vue d’alléger les souffrances de la
population. L’existence de nombreuses zones d’ombres d’une
part et les progrès relatifs réalisés sur le terrain, a-t-il
ajouté, amènent ma délégation à estimer que les inspections
doivent se poursuivre et que nous devons saisir les chances
de règlement pacifique qui existent encore.
M. JOSCHKA FISCHER, Vice-Chancelier et
Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a
remercié le Secrétaire d’État américain pour les
renseignements qu’il a communiqués au Conseil de sécurité et
a jugé important de continuer à examiner et suivre de très
près la situation en Iraq au sein de cet organe. Il est
important que les inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA se
voient fournir les informations nécessaires pour pouvoir les
confronter ensuite sur le terrain et les vérifier. M.
Fischer a exhorté le Conseil de sécurité à maintenir son
unité et a condamné le fait que l’Iraq ait continué de
violer depuis douze ans les résolutions adoptées par le
Conseil. Ce régime est dangereux pour son peuple, pour ses
voisins, a-t-il reconnu, avant d’exhorter l’Iraq à désarmer
complètement et durablement en tenant compte des questions
posées par M. Hans Blix dans son rapport au Conseil de
sécurité du 27 janvier dernier. Il a rappelé ensuite que
dans les années 1990, les inspections avaient permis de
démanteler davantage d’armes que la guerre du Golfe,
plaidant ainsi pour la poursuite des inspections.
M. Fischer a souhaité que davantage de temps
soit donné à MM. Blix et El Baradei et a estimé que les
dangers d’une action militaire étaient manifestes et que la
communauté internationale avait l’obligation de rechercher
une solution pacifique à cette crise. Le Ministre allemand
des affaires étrangères a prôné un régime très strict
d’inspections qui puisse être utilisé dans d’autres cas,
soutenant à cet égard les propositions de la diplomatie
française. L’Iraq doit procéder sans retard au désarmement
et coopérer pleinement avec les équipes de la CCVINU et de
l’AIEA, a-t-il dit, réitérant son appel en faveur de l’unité
et de la cohésion du Conseil de sécurité.
M. MOHAMMED A. ALDOURI (Iraq) a dit
avoir pris la mesure de la gravité des informations livrées
ce matin par le Secrétaire d’Etat américain. Il a ainsi
estimé que les allégations américaines n’ont aucun rapport
avec la vérité. L’authenticité des enregistrements ne peut
être confirmée et il s’agit plutôt d’hypothèses de source
inconnue dans le seul but de servir les objectifs de la
politique américaine. Tous les responsables iraquiens, a
insisté le représentant, ne cessent de répéter l’inexistence
d’armes de destruction massive. Pour gagner du temps,
a-t-il estimé, le Secrétaire d’Etat aurait dû présenter ses
informations aux inspecteurs en laissant ces derniers les
évaluer tranquillement et sans aucune pression médiatique.
La prochaine visite des Chefs des inspecteurs leur permettra
de vérifier la véracité de ces allégations. Les inspections
antérieures ont montré le caractère non fondé des
allégations américaines et britanniques, a encore ajouté le
représentant.
L’Iraq, a-t-il rappelé, a fourni une
déclaration de 12 000 pages contenant des informations à
jour. Les inspecteurs continuent de mener des inspections
vigoureuses en toute liberté. Au 4 février, 575 inspections
avaient été faites sur 321 sites. Selon les inspecteurs,
l’Iraq s’est débarrassé des armes de destruction massive.
Même les analyses d’échantillons ont conclu à l’absence
d’agents interdits en Iraq. Le Chef de la CCVINU a
d’ailleurs confirmé au New York Times que les inspecteurs
n’avaient pu confirmer aucun des scénarios présentés par le
Secrétaire d’Etat américain relatifs, entre autres, aux
déplacements de matériels. Le représentant a aussi rejeté
les propos du Président Bush selon lesquels le Gouvernement
empêche les scientifiques de s’entretenir avec les
inspecteurs. Par ailleurs, a-t-il dit, la CCVINU et l’AIEA
ont déclaré qu’ils n’avaient pu trouver aucune trace de
laboratoires mobiles.
Quant aux survols des avions U2, il a
expliqué que les problèmes viennent des zones illégales
d’exclusion. Il suffirait que les vols américains et
britanniques soient suspendus pour que les U2 puissent
survoler le pays, a-t-il affirmé. L’Iraq, a-t-il poursuivi
n’a pas les moyens de devancer les inspections. Les
programmes d’armes de destruction massive ne peuvent être
cachés parce qu’ils impliquent des installations importantes
qui ne peuvent être dissimulées. Les inspecteurs ont passé
l’Iraq au crible et n’ont rien trouvé. Quant aux
enregistrements, le représentant les a imputés à une pure
fabrication.
Pour ce qui est de relations entre l’Iraq et
Al-Qaida, il a cité les propos du Président iraquien selon
lesquels si l’Iraq avait de telles relations, il n’aurait
aucun mal à les assumer. Il a ajouté que les analystes de
la CIA se sont d’ailleurs plaints de ce que l’Administration
avait exagéré les informations relatives aux armes de
destruction massive de l’Iraq et à ses relations avec
Al-Qaida. Dans ce cadre, il a accusé le Secrétaire d’Etat
britannique d’avoir laissé expressément de côté les rapports
de ses services qui allaient dans le même sens. Répondant
sur l’utilisation par l’Iraq des armes chimiques contre sa
propre population, il a rappelé les informations rapportées
par la presse américaine selon lesquelles l’Administration
savait depuis 1988 que l’Iraq n’avait pu le faire parce
qu’il ne disposait pas des armements chimiques utilisés dans
l’incident concerné. Derrière les allégations du
Gouvernement américain, a estimé le représentant, se cache
la volonté de vendre l’idée d’une guerre sans justification
politique, morale ou légale. Pour sa part, l’Iraq réitère
son attachement à poursuivre sa coopération avec les
inspecteurs en vue d’une levée rapide des sanctions iniques
qui lui sont imposées. |